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  • S7-S1 PREPARATION A LA RECHERCHE

Séminaire

Semestre 7

DE 3 Atlas : Territoires en transition - MH Simonpoli, P. Detavernier, N. Le Bot

Enseignant(s) : Liliane Viala,Nils Le Bot,Mathieu-Ho Simonpoli,Pauline Detavernier

  • Année : 4
  • Semestre : 7
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

Territoires en Transitions ? : un intitulé à discuter

 

Ce séminaire insiste sur la notion de territoire pour traduire les interdépendances techniques, matérielles, climatiques, spatiales, politiques et sensibles des architectures avec leur milieu. L’été instable que nous venons de traverser illustre que nous ne pouvons penser les uns sans les autres : que signifie, par exemple, habiter un bois en marge de la métropole de Bordeaux ?

Nous avons ensuite retenu le terme de transitions, car la situation climatique requiert de mettre en mouvement nos manières d’habiter. Ce terme est lui-même discuté – Jean-Baptiste Fressoz le récuse notamment, ce que nous étudierons – mais il nous semble aussi porteur d’une possibilité de transformation progressive et graduelle. Il est à mettre en relation avec d’autres récits – la bifurcation, le basculement, la redirection écologique – qui forment chacun des hypothèses pour renouveler nos manières de penser le monde bâti.

 

Contexte scientifique

 

Ce séminaire s’intéresse à des territoires longtemps considérés comme secondaires, fonctionnels ou peu désirables, mais qui apparaissent aujourd’hui comme des lieux stratégiques pour penser les transformations écologiques, matérielles et politiques des milieux habités. Pour les appréhender, le séminaire s’inscrit dans un ensemble de perspectives critiques qui convergent dans leur attention portée aux envers fonctionnels de l’urbanisation, aux espaces du transit, de la standardisation, de l’obsolescence ou du résidu.

On peut situer dans ce champ les « non-lieux » de Marc Augé, qui insistent sur la dimension socio-spatiale et relationnelle d’espaces de transit ou de séparation ; le Junkspace de Rem Koolhaas, qui désigne des milieux bâtis continus, indifférenciés et saturés ; les « propriétés de Lucifer » de Secchi et Viganò, qui cartographient des territoires inhospitaliers fracturés par les grandes infrastructures ; enfin les recherches récentes sur les « faces arrière des métropoles » (AREP), qui déplacent ces lectures vers les espaces techniques, logistiques et métaboliques absents des récits désirables de la transition.

Cette collection hétéroclite de situations ne peut toutefois plus être uniquement interprétée comme un ensemble de marges ou de dysfonctionnements, ils sont aussi le support de notre relation au monde, lieu de production, d'approvisionnement voire de sociabilité. Héritages matériels du monde carboné, ils rejoignent également ce qu’Alexandre Monnin qualifie de « communs négatifs », c’est-à-dire de réalités partagées mais évaluées négativement, telles que déchets, sols pollués, infrastructures obsolescentes ou installations dont nul ne peut simplement se défaire.

Ainsi, le séminaire se situe dans une réflexion plus large sur les conditions matérielles de l’après-pétrole et sur la nécessité de composer avec ce qui subsiste, encombre, pollue ou contraint. Ancré dans cette constellation d’auteur·rices, le séminaire entend déplacer les récits de la transition depuis les seules promesses d’innovation vers des questions de maintenance, de réaffectation, de réparation et de prise en charge collective des héritages.

Contenu

Fonctionnement du séminaire

 

À partir de ce socle théorique, le séminaire propose d’explorer, chaque année, une famille de situations territoriales pouvant être qualifiées de territoires en transitions. Il peut s’agir, selon les années, de quartiers de logements en transformation, d’entrées de ville, de quartiers de gare et de leurs emprises logistiques en mutation, de zones commerciales, industrielles ou d’autres ensembles territoriaux caractérisés par de fortes dépendances matérielles, énergétiques, réglementaires ou foncières.

Ces situations ont en commun de concentrer des tensions contemporaines majeures : changement de modèles d’aménagement, adaptation écologique, requalification d’héritages techniques, mutation des mobilités, recomposition des usages, redéfinition des rapports entre centralités et marges.

Cette année, nous nous intéresserons aux entrées de ville. Ainsi, le séminaire s’articule avec le projet de semestre 7 « Habiter les mondes urbains » du DE ATLAS. Celui-ci participe d’une étude stratégique sur les portes métropolitaines bordelaises, portée parallèlement par les agences 51N4E, germe et JAM et Studio Viganò. Elles seront un point de départ.

Le séminaire fait l’hypothèse que ces territoires ne peuvent être compris à partir de leurs seules formes bâties ou de leur seule programmation. Ils appellent au contraire une lecture systémique, attentive à leur inscription dans un fonctionnement territorial élargi, aux flux qu’ils organisent ou subissent, aux régimes de gouvernance qui les encadrent, ainsi qu’aux acteur·rices humains et non humains qui y interviennent. Dans cette perspective, l’approche systémique du métabolisme territorial est mobilisée moins comme simple analogie organiciste que comme outil critique pour mettre en relation des dimensions spatiales, matérielles, sociales, techniques et politiques, et pour formuler la question de la transition.

 

Approche méthodologique

 

Le séminaire accorde une place centrale à l’élaboration d’une démarche de recherche articulant état de l’art, enquête de terrain et production de matériaux d’analyse. La constitution d’un corpus de références théoriques, historiques et critiques constitue une première étape indispensable. Elle est prolongée par un travail au contact du terrain et de ses protagonistes, à travers des relevés, des observations, des collectes de données, des entretiens ou des enquêtes documentaires. L’enjeu est de construire, pour chaque sujet, un protocole de recherche cohérent avec la question posée et avec les hypothèses formulées.

Cette démarche convoque plusieurs champs disciplinaires, parmi lesquels l’architecture, l’urbanisme, l’histoire, la géographie, la sociologie des techniques ou encore la philosophie. Elle mobilise également différents registres d’interprétation des transitions contemporaines, depuis les récits techno-solutionnistes jusqu’aux approches fondées sur la frugalité, l’adaptation, la décroissance ou la démondialisation. Ces imaginaires sont discutés à partir de situations concrètes et au prisme des stratégies effectivement portées par les acteur·rices territoriaux·ales : transformation, réhabilitation, démolition, reconversion, patrimonialisation, renaturation, entre autres.

Enfin, le séminaire place les outils de représentation au cœur de la méthodologie de recherche. La manipulation raisonnée de données existantes, cartographiques, statistiques, réglementaires, photographiques ou documentaires, comme la production de données nouvelles nécessaires à l’enquête, constitue une dimension essentielle du travail. Une attention particulière est portée à la capacité des étudiant·es à produire des représentations graphiques qui ne relèvent pas du processus de projet ou de l’illustration esthétique, mais participent pleinement de la construction du raisonnement. Le matériau graphique est ainsi envisagé comme un instrument de connaissance, d’analyse et de formulation des hypothèses, appelé à constituer une part substantielle du mémoire.

 

Proposition d’organisation pour le semestre 7

 

Le séminaire 2026-2027 s’articule autour des entrées de ville comme objet d’étude, en écho au projet de S7 (il accueille toutefois aussi bien des étudiant·es engagé·es dans ce projet que des étudiant·es qui ne le sont pas).

Il ne se met pas pour autant au service du projet : il interroge le même territoire, mais avec d’autres outils. Le lien entre projet et séminaire est ainsi à comprendre comme un atout : le séminaire apporte des compétences, des outils et une réflexion théorique qui nourrissent aussi bien le projet que, plus largement, l’exercice de l’architecture auquel forme le master.

Le semestre 7 est conçu comme un temps d’entrée progressive dans la recherche, organisé en deux temps articulés autour du rendu intermédiaire de la séance 5 :

• Un temps collectif, en groupe (séances 1 à 5) : exploration du corpus commun des portes métropolitaines de Bordeaux, croisée avec trois entrées thématiques successives (soutenabilité et robustesse, habitabilité et vivant, techniques et transitions), chacune adossée à une lecture de référence, afin de faire émerger des pistes de sujets individuels ;

• Un temps individuel (séances 6 à 9) : approfondissement de ces pistes par chaque étudiant·e, à partir de l’angle choisi et du corpus initial présentés lors du rendu intermédiaire. Cet approfondissement individuel sera permis par trois apports méthodologiques ciblés : respectivement la place de la figure et de l’iconographie dans le mémoire (séance 6), une séance de pensée systémique mutualisée avec le post-master Adaptation (séance 7), et la construction d’un état de l’art (séance 8).

• Le semestre se conclut par un rendu final (séance 10) : problématique, état de l’art structuré, hypothèses de recherche, premières figures commentées et bibliographie de travail.

Travaux

S7 : alternance de travaux individuels et en binôme sous la forme d’exercices conduisant à l’élaboration du sujet de mémoire individuel et de sa méthodologie.

S8 : développement du sujet de mémoire individuel à l’appui d’étapes clés (fiche de lecture, grille d’analyse, manipulation d’outils, etc.).

S9 (encadrement individuel) : production du mémoire individuel et préparation de la soutenance.

Bibliographie

1. Textes de cadrage des trois entrées thématiques (séances 2 à 4)

 

• Caille, Emmanuel, et Stéphane Berthier. 2026. « Entretien avec Jean-Baptiste Fressoz : le Palais de cristal était en bois, ou comment l’idée de transition nous aveugle ». d’architectures, n° 336, juillet 2026. www.darchitectures.com/magazine/numeros/n-336-greenwashing-a-tous-les-etages/6644-entretien-avec-jean-baptiste-fressoz-le-palais-de-cristal-etait-en-bois-ou-comment-lidee-de-transition-nous-aveugle.html

• Hooge, Émile, Alexandre Monnin, et Jérôme Tougne. 2026. « Faire durer n’est pas rendre soutenable ». AOC media, 20 juillet 2026. aoc.media/analyse/2026/07/20/faire-durer-nest-pas-rendre-soutenable/

• Morizot, Baptiste, et Laurent Neyret. 2026. Liberté, dignité, habitabilité : donner au siècle la valeur qui lui manque. Tracts. Gallimard. tracts.gallimard.fr/products/tracts-liberte-dignite-habitabilite-donner-au-siecle-la-valeur-qui-lui-manque

 

2. Bibliographie théorique – Territoires en transitions

 

• Augé, Marc. 1992. Non-lieux introduction à une anthropologie de la surmodernité. Editions du Seuil. banq.pretnumerique.ca/accueil/isbn/9782021290622.

• Barles, Sabine. 2010. « Society, Energy and Materials : The Contribution of Urban Metabolism Studies to Sustainable Urban Development Issues ». Journal of Environmental Planning and Management 53 (4): 439‑55. doi.org/10.1080/09640561003703772.

• Delcayrou, Laurent, et Corentin Riet. 2022. Vers la résilience des territoires : pour tenir le cap de la transition écologique. Avec The Shift project. Société civile. Éditions Yves Michel.

• Denis, Jérôme, et David Pontille. 2022. Le soin des choses : politiques de la maintenance. Terrains philosophiques. La Découverte.

• Fressoz, Jean-Baptiste. 2026. Sans transition : une nouvelle histoire de l’énergie. Nouvelle éd. Points 644. Points.

• Hamant, Olivier. 2023. Antidote au culte de la performance : la robustesse du vivant. Tracts Gallimard 50. Gallimard.

• Hobson, Léa. 2025. Désarmer le béton : ré-habiter la terre. Zones.

• Kempf, Mathilde, et Armelle Lagadec. 2021. Paysages de l’après-pétrole : 7 expériences européennes. Avec Collectif Paysages de l’après-pétrole. Éditions le Moniteur.

• Koolhaas, Rem. 2011. Junkspace: repenser radicalement l’espace urbain. Payot et Rivages.

• Mangin, David. 2004. La ville franchisée : formes et structures de la ville contemporaine. Villette.

• Pinson, Gilles. 2020. La ville néolibérale. 1re édition. La ville en débat. PUF.

• Simay, Philippe. 2024. Bâtir avec ce qui reste : quelles ressources pour sortir de l’extractivisme ? L’esprit des Villes 9. Éditions Terre urbaine.

• Viganò, Paola. 2023. Le Jardin biopolitique : espaces, vies et transition. Métis Presses.

• Viganò, Paola, et Anne Grillet-Aubert. 2016. Les territoires de l’urbanisme : le projet comme producteur de connaissance. 3e édition. Vues d’ensemble. Métis Presses

• Desvaux p., Dillenseger c., Mongeard l. Métabolisme(s): matière en circulation, matière en transformation. Lyon Cité anthropocène : Éditions Deux-cent-cinq, 2024. (À partir de l’anthropocène). ISBN : 978-2-919380-80-0.

• Illich I. La convivialité. Paris : Éd. Points, 2014. ISBN : 978-2-7578-4211-9.

• Mongin O. La condition urbaine : la ville à l’heure de la mondialisation. Paris : Éd. du Seuil, 2005. (La couleur des idées). ISBN : 978-2-02-081983-1.

• Savini, F. 2021. « Towards an Urban Degrowth : Habitability, Finity and Polycentric Autonomism ». Environment and Planning A: Economy and Space, janvier 12, 0308518X2098139. doi.org/10.1177/0308518X20981391.

• SECCHI B., LOGOZ M. La ville des riches et la ville des pauvres : urbanisme et inégalités. Genève : Métis Presses, 2014. (Vues d’ensemble). ISBN : 978-2-940406-90-6.

• CORBOZ A. Aptitudes territoriales. Nantes : dixit.net, 2023. ISBN : 978-2-38130-006-1.



 

Et plus globalement, les vidéos / interview de Metabolism of the cities : www.youtube.com/@MetabolismofCities/

 

3. Sélection bibliographique — entrées de ville

 

• Dubois-Taine, Geneviève, et Yves Chalas, dir. 1997. La Ville émergente. Éditions de l’Aube.

• Garcez, Cristina, et David Mangin, dir. 2014. Du Far West à la ville : l’urbanisme commercial en questions. Parenthèses.

• Jehl, Laura. 2020. « Restructurer les zones commerciales : enjeux urbanistiques et de gouvernance, pour des villes plus durables ? » Thèse de doctorat en aménagement-urbanisme, Université de Lille.

• Merriout, Somia. 2018. « Les entrées en ville. Une lecture architecturale de leur identité : de sa disparition dans la modernité à sa déformation dans la surmodernité ». Strathèse, n° 8. doi.org/10.57086/strathese.696.

• Monnin, Alexandre. 2021. « Penser le territoire à l’heure de l’Anthropocène — à propos des communs négatifs ». AOC media, janvier 2021.

• Secchi, Bernardo, et Paola Viganò. 2011. La Ville poreuse : un projet pour le Grand Paris et la métropole de l’après-Kyoto. MētisPresses.

• Sieverts, Thomas. 2004. Entre-ville : une lecture de la Zwischenstadt. Parenthèses.