Territoires en Transitions ? : un intitulé à discuter
Ce séminaire insiste sur la notion de territoire pour traduire les interdépendances techniques, matérielles, climatiques, spatiales, politiques et sensibles des architectures avec leur milieu. L’été instable que nous venons de traverser illustre que nous ne pouvons penser les uns sans les autres : que signifie, par exemple, habiter un bois en marge de la métropole de Bordeaux ?
Nous avons ensuite retenu le terme de transitions, car la situation climatique requiert de mettre en mouvement nos manières d’habiter. Ce terme est lui-même discuté – Jean-Baptiste Fressoz le récuse notamment, ce que nous étudierons – mais il nous semble aussi porteur d’une possibilité de transformation progressive et graduelle. Il est à mettre en relation avec d’autres récits – la bifurcation, le basculement, la redirection écologique – qui forment chacun des hypothèses pour renouveler nos manières de penser le monde bâti.
Contexte scientifique
Ce séminaire s’intéresse à des territoires longtemps considérés comme secondaires, fonctionnels ou peu désirables, mais qui apparaissent aujourd’hui comme des lieux stratégiques pour penser les transformations écologiques, matérielles et politiques des milieux habités. Pour les appréhender, le séminaire s’inscrit dans un ensemble de perspectives critiques qui convergent dans leur attention portée aux envers fonctionnels de l’urbanisation, aux espaces du transit, de la standardisation, de l’obsolescence ou du résidu.
On peut situer dans ce champ les « non-lieux » de Marc Augé, qui insistent sur la dimension socio-spatiale et relationnelle d’espaces de transit ou de séparation ; le Junkspace de Rem Koolhaas, qui désigne des milieux bâtis continus, indifférenciés et saturés ; les « propriétés de Lucifer » de Secchi et Viganò, qui cartographient des territoires inhospitaliers fracturés par les grandes infrastructures ; enfin les recherches récentes sur les « faces arrière des métropoles » (AREP), qui déplacent ces lectures vers les espaces techniques, logistiques et métaboliques absents des récits désirables de la transition.
Cette collection hétéroclite de situations ne peut toutefois plus être uniquement interprétée comme un ensemble de marges ou de dysfonctionnements, ils sont aussi le support de notre relation au monde, lieu de production, d'approvisionnement voire de sociabilité. Héritages matériels du monde carboné, ils rejoignent également ce qu’Alexandre Monnin qualifie de « communs négatifs », c’est-à-dire de réalités partagées mais évaluées négativement, telles que déchets, sols pollués, infrastructures obsolescentes ou installations dont nul ne peut simplement se défaire.
Ainsi, le séminaire se situe dans une réflexion plus large sur les conditions matérielles de l’après-pétrole et sur la nécessité de composer avec ce qui subsiste, encombre, pollue ou contraint. Ancré dans cette constellation d’auteur·rices, le séminaire entend déplacer les récits de la transition depuis les seules promesses d’innovation vers des questions de maintenance, de réaffectation, de réparation et de prise en charge collective des héritages.


