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  • S4- 10 THEORIE ET PRATIQUE DE LA CONCEPTION ARCHITECTURALE ET URBAINE - Initiation au projet architectural - L’architecture et l’édifice

Projet 4 ou Projet 3 - L'habitation et le logement ou l'architecture et l'édifice (dont semaine intensive)

Semestre 4

Groupe 06 - Jacques-Henri Baju, Grichka Martinetti, Stéphane Thomasson

Responsable(s) : Stéphane Thomasson

Enseignant(s) : Michel Jacotey, Grichka Martinetti, Jacques-Henri Baju

  • Année : 2
  • Semestre : 4
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

ENSEIGNANTS

 

L’équipe pédagogique est constituée de:

• Grichka MARTINETTI, architecte DPLG et enseignant contractuel (responsable 60 H);

• Stéphane THOMASSON, architecte DPLG et enseignant contractuel (70 H);

• Jacques-Henri BAJU, architecte DPLG et enseignant contractuel (20 H);

• Michel JACOTEY, architecte DPLG et enseignant titulaire (15 H).

 

 

SPÉCIFICITÉ DE L'ENSEIGNEMENT

 

Dans la continuité de l’enseignement du premier semestre pendant lequel les étudiants se sont

littéralement attachés à un patrimoine remarquable de l’architecture moderne du XXème siècle, il est

ici question d’un autre patrimoine non moins remarquable, celui du paysage.

 

Et après avoir réfléchir au logement collectif il leur est proposé de développer un équipement

public singulier et intimement lié au paysage, à savoir un lieu de retraite spirituelle et

métaphysique républicain sans ancrage cultuel affiché.

 

Fort d’une implantation dans un Parc National Régional les étudiants seront invités à explorer la

question des ressources locales matérielles et immatérielles afin d’en faire la matière du futur

projet.

 

La présence ou l’absence d’un ouvrage au paysage

devrait toujours être fonction de ses futurs usages.

 

Tantôt signe, pour jalonner, renseigner, accompagner,

tantôt disparition, pour masquer sa présence au lieu qui l’accueille.

 

L’établissement humain laisse une trace physique et culturelle par le simple ouvrage :

creuser, tracer, déplacer, accumuler, empiler, planter.

 

Cette trace peut être recherchée. Tel le montjoie ou cairn, l’amas de pierre balise un chemin,

marque un site pour un événement important.

 

L’ouvrage artificiel se distingue par essence du lieu naturel.

Travail donc sur la présence in situ de l’ouvrage, pour brouiller si nécessaire cette distinction.

 

Utiliser le cadre et les matériaux de la nature pour contraster par la géométrie,

une disposition ordonnée, une matière rapportée, se fondre par une installation organique,

les matières du lieu, en se laissant coloniser.

 

Non une œuvre mais une expérience réelle du lieu

qui utilise l’architecture pour rendre compte d’un site remarquable.

 

 

ORIENTATION PÉDAGOGIQUE GÉNÉRALE

 

L’enseignement du semestre est organisé en 3 temps permettant d’aborder les différentes notions

relatives à la création d’un équipement culturel dans un grand site naturel :

 

un site à arpenter, un contexte à poser

 

une idée à esquisser, un lieu à proposer

 

une matérialité à explorer, un bâtiment à disposer

 

 

Ce travail collectif et individuel amènera les étudiants à :

- Analyser un site de manière objective : topographie, hydrogéologie, écosystèmes animaux et

végétaux, réseau viaire, ressources matérielles, locales, réseaux techniques et leurs nuisances,

etc. mais aussi de manière subjective : sensations, symbolique, etc. ;

- Analyser une référence architecturale en rapport avec le sujet parmi celles proposées ;

- Etudier le programme proposé et en proposer une lecture critique.

- Esquisser les contours du lieu de retraite et définir sa singularité ;

- Développer cette singularité à travers différents champs (usage, volumétrie, mode constructif,

rapport au lieu, etc.) ;

- Vérifier la pertinence de la proposition au regard du travail de synthèse réalisé précédemment.

- Finaliser l’organisation des espaces intérieurs et extérieurs ;

- Rendre compte des choix philosophiques et leur matérialisation ;

- Restituer les matériaux utilisés en précisant les modes constructifs invoqués ;

- Détailler la matérialisation physique future du projet.

Contenu

UN PAYSAGE

 

L’architecture est fascinante tant elle requiert de celui qui la pratique une humilité toujours

renouvelée face aux projets qui se présentent. Chaque projet est unique, chaque situation inédite,

chaque réponse singulière.

 

Ainsi il n’est requis de celui qui reçoit la parole, conçoit le projet et le fait construire que de

comprendre un lieu et un programme pour les faire se rencontrer, tout en questionnant les usages

séculaires pour mieux les détourner. Cette tâche nécessite une méthode mêlant intuition et

raisonnement, sensibilité et précision.

 

La dialectique entre cerveau droit (synthétique, rapide, intuitif) et cerveau gauche (logique,

mathématique, séquentiel) est féconde pour l’architecte dont la position sociale actuelle n’a jamais

été autant au confluent des grandes structures sociétales qui balancent entre les domaines du

quantitatif et du qualitatif.

 

Le monde urbain a tendance à noyer les responsabilités de l’acte de construire dans l’océan des

opérations immobilières et foncières qui font et refont les villes occidentales depuis des siècles.

 

Extraire l’architecte du paysage urbain permet de le mettre face à la dimension ontologique de

l’édification d’un lieu pour les êtres humains sur une Terre qui ne lui appartient pas.

 

Ce questionnement a remué l’art contemporain au cœur du XXème siècle. Ainsi certains artistes ont

souhaité rompre avec le XIXème pendant lequel la nature était simplement représentée afin de

travailler au cœur de cette dernière, emboîtant le pas à l’un de ses précurseurs en la personne de

Claude Monet et son jardin à Giverny.

 

Ce mouvement débute dans les années 1960 dans les paysages désertiques de l’ouest américain encore

vierge de la mainmise de l’être humain dont la conquête est encore fraîche. Robert Smithson, Rovert

Morris, Nancy Holt, Dennis Oppenheim, Walter De Maria, Christo ou encore Michael Heizer théorisent

cette attitude donnant naissance à une première exposition dénommée Earth Works à New York en 1968.

Cela leur permet alors de quitter le monde marchand pour essentialiser l’œuvre d’art à l’expérience

liée au monde réel qui la voit naître.

Ainsi les ponts sont nombreux avec l’architecture lorsque cette dernière dépasse le strict cadre de

la fonction qui lui est attribuée pour atteindre le monde de l’indicible.

 

On citera Michael Heizer qui érige depuis le début des années 1970 une ville dans le désert du Comté

de Lincoln dans le Nevada dont l’ouverture au public est prévue en 2020. Couvrant une surface de

près d’1 km² cet assemblage de terre, de rochers, de sable et de béton tente de créer un lieu

monumental à l’image des temples du Yucatan.

 

Les dernières décennies ont vu s’imposer une discipline fort ancienne qui d’une certaine manière a

préempté le paysage en l’intégrant à sa propre dénomination et dont notre histoire recèle de

nombreux trésors.

 

Intimement liée au jardin et à sa dimension réflexive, le paysagisme naît avec les premiers grands

jardiniers qui dessinaient les parcs et jardins des têtes couronnées et on lui doit de très beaux

exemples, les hortus conclusus (jardins enclos médiévaux), à l’époque enserrés dans les cours des

châteaux et même parfois dédiées, et dont la portée religieuse et métaphysique préside à leur

édification. Cela amène Henri IV à instituer leur corporation à la fin du XVIème siècle.

 

Viennent ensuite le cousinage avec le voisin italien et leurs ingénieurs hydrauliques puis la

rédaction de traités qui donnent naissance aux premiers jardins dits à la française qu’André Le

Nôtre confirmera avec le talent qu’on lui connaît.

C’est avec la création de l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles en même temps que la

loi sur l’architecture à la fin des années 1970 que la discipline s’impose dans le paysage de la

construction contemporaine en France.

 

Alors que le néomodernisme connaît ses dernières heures le moment est venu au postmodernisme de

prendre le relais et c’est à un paysagiste, Charles Jencks, que nous devons l’une de ses premières

formalisations théoriques avec la parution du Langage de l’architecture postmoderne en 1977.

 

Ce dernier débute en 1988 l’édification du Jardin de la Spéculation Cosmique en Ecosse, autour d’une

quarantaine d’espaces sur une surface de 30 ha dont voici les intentions :

Le jardin utilise la nature pour célébrer la nature, à la fois intellectuellement et à travers les

sens, sens de l’humour inclus. Une cascade à degrés raconte l’histoire de l’univers, une terrasse

montre la distorsion de l’espace-temps par un trou noir, une promenade des quarks propose au

visiteur un voyage dans les plus petites briques de la matière, et une série de reliefs et de lacs

rappelle la géométrie fractale.

 

 

UN LIEU SINGULIER

 

La christianisation du territoire français a légué un vaste patrimoine religieux constitué de lieux

de culte et de retraite depuis le Haut Moyen-Âge jusqu’à aujourd’hui : Abbaye de Cîteaux, Abbaye du

Thoronet mais aussi le Couvent de la Tourette ou la Chapelle de Ronchamp pour ne citer que les plus

emblématiques. Les autres cultes qui composent le paysage religieux français ont également donné

naissance à de remarquables exemples d’architecture : Synagogue de la rue Pavée à Paris par Hector

Guimard ou encore la Grande Mosquée de Paris.

 

La Révolution Française et la loi de 1905 sur la laïcité ont été l’occasion d’une refonte de

l’appartenance et de l’exercice de la foi intime et personnelle de chacun en la libérant d’une

imposition séculaire, libérant par-là même la question de la religion. Nous pouvons observer à la

lumière des polémiques continuelles que le fait religieux occupe plus que jamais l’espace public.

 

Ce miroir grossissant dissimule un hors-champ qui ce serait celui des citoyens dits non-religieux.

Selon une enquête récente 29 % des personnes sondées se diraient « athées convaincues » et 34 %

affirment n’appartenir à aucune religion, soit 63 % de personnes n’appartenant à aucun culte

reconnu.

 

Cela ne signifie pas pour autant que les personnes concernées soient insensibles à l’univers qui les

entoure, et pris dans le tourbillon de la société postmoderne actuelle qui n’a de cesse d’occuper

leur oisiveté, nombreux sont ceux qui aspireraient à un calme introspectif.

 

Ainsi loin du tumulte civilisationnel les êtres humains pourraient développer un rapport plus intime

à leur habitat ainsi qu’à la république à laquelle ils appartiennent (res publica, littéralement «

les choses communes ») et pour cela il leur faut un lieu.

 

C’est ce lieu particulier que les étudiants sont appelés à imaginer, concevoir et construire.

Travaux

Temps 1 : contextualiser par la géographie et la civilisation

 

Avant de se projeter il est vital de définir un contexte (site, programme et références).

 

Ce travail collectif amènera les étudiants à :

- Analyser un site de manière objective : topographie, hydrogéologie, écosystèmes animaux et

végétaux, réseau viaire, ressources matérielles, locales, réseaux techniques et leurs nuisances,

etc. mais aussi de manière subjective : sensations, symbolique, etc. ;

- Analyser une référence architecturale en rapport avec le sujet parmi celles proposées ;

- Etudier le programme proposé et en proposer une lecture critique.

 

Temps 2: esquisser par le récit et le développement d’une pensée

 

Maintenant que le contexte a été analysé il s’agit désormais de :

- Esquisser les contours du lieu de retraite et définir sa singularité ;

- Développer cette singularité à travers différents champs (usage, volumétrie, mode constructif,

rapport au lieu, etc.) ;

- Vérifier la pertinence de la proposition au regard du travail de synthèse réalisé précédemment.

 

 

Temps 3: disposer avec bienveillance

 

Maintenant que l’esquisse est posée le projet peut se matérialiser et les étudiants doivent

désormais :

- Finaliser l’organisation des espaces intérieurs et extérieurs ;

- Rendre compte des choix philosophiques et leur matérialisation ;

- Restituer les matériaux utilisés en précisant les modes constructifs invoqués ;

- Détailler la matérialisation physique future du projet.

Bibliographie

Sélection non exhaustive

 

• AMAGATSU Ushio. Dialogue avec la gravité. Actes Sud, 2000.

• ANDO Tadao. La Question du milieu. Le Moniteur, 2000.

• BACHELARD Gaston. La Poétique de l’espace. PUF, 1957.

• BERGER Patrick. Sonus Lux. Leçons du Thoronet, 2010.

• BRINCKERHOFF JACKSON John. De la nécessité des ruines et autres sujets. Editions du Linteau, 1980.

• BRUYERE André. Pourquoi des architectes ? Jean-Jacques Pauvert, 1968.

• ICOMOS. La Charte de Florence. 1981.

• JENCKS Charles, Le Langage de l’architecture postmoderne. 1977.

• KAHN Louis. Lumière blanche, ombre noire. Editions Parenthèses, 1998.

• KOMENDANT August E. Dix-Huit années avec Louis Kahn. Editions du Linteau, 2006.

• KROLL Lucien. Tout est paysage. Sens et Tonka, 2012 [2001].

• MARREY Bernard. Architecte du maître de l’oeuvre au disagneur. Editions du Linteau. 2013

• PAWSON John. Plain Space. Phaidon, 2010.

• PERRET Auguste. Contribution à une théorie de l’architecture. Editions du Linteau, 2016.

• PIANO Renzo. La Désobéissance de l’architecte. Arléa, 2009.

• PINGUSSON Georges-Henri. L’Espace et l’architecture. Editions du Linteau, 2010.

• POUILLON Fernand. Les Pierres sauvages. Editions du Seuil, 1964.

• TANIZAKI Jun'ichiro. L’Eloge de l’ombre. 1933.

• VACCHINI Livio. Capolavori. Editions du Linteau, 2006.

• VITRUVE. Au Sujet de l’architecture. Ier siècle av. J.-C.

• WRIGHT Frank Lloyd. L’Avenir de l’architecture. 1939.

• ZUMTHOR Peter. Atmosphères. Birkhäuser, 2008.

Informations supplémentaires

L’enseignement est organisé autour de :

- visites (visite de site, visite de projets) ;

- cours privatifs autour de sujets liés au projet (le modernisme, la représentation en architecture,

l’humanisme, les logements étudiants) ;

- lectures commentées ;

- séances de corrections individuelles et collectives dispensées au sein du groupe 6 ;

- jurys constitués de plusieurs enseignants du groupe 6.