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GASTEBOIS Théo

Dessine-moi un nuage

2026

Tokyo

Directeur(s) d'étude(s) : Dominique COULON

Il y a des choses que nous partageons tous.

Peu importe nos différences, peu importe nos localisations, peu importe nos temporalités…

Être et avoir été enfants est quelque chose que tout le monde a connu, même furtivement, de la personne la plus naïve à la plus méchante, tout le monde l’a connu, l’enfance.

Dès qu’on sort de notre coquille, en d’autres mots, dès qu’on sort du ventre de notre maman, nous sommes projetés dans un monde hors échelle, bien trop grand pour nous. Aussitôt après ce changement d’état, du liquide amniotique qui nous protège et épouse nos formes dans le climat le plus parfait, nous intégrons une architecture précise et rectiligne : celle de la chambre d’hôpital.

L’enfance est un nuage. Elle est vaporeuse, imprécise, incontrôlée et incontrôlable. L’enfant évolue dans le grandissement. Il s’interroge sur la poussée de ses os et, en même temps, il comprend que le monde des grands est un monde différent du sien, qu’il envie mais aussi qu’il redoute. Conscient que ce paradis perdu ne lui permettra plus aisément d’utiliser ses cinq sens à la découverte des gestes qui l’animent toujours : regarder, sauter, bondir, réfléchir, courir, ramper, pleurer, rêver.

L’architecture est joueuse : c’est un centre pour les enfants à Tokyo. Un espace fluide, ouvert aux autres, qui joue avec son contexte par ses dessins courbes.

L’architecture se déforme et impose à la ville sa puissance enfantine, celle d’un enfant qui viendrait s’immiscer sous l’architecture d’une rocade aérienne pour rejoindre le jardin traditionnel de Hama-Rikyū, mais aussi englober ses voisins – des immeubles, des maisonnettes, des venelles, etc. – afin de les protéger de la destruction. Au Japon, la destruction des bâtiments est toujours proche.

L’architecture garde en mémoire son site, qui abrita autrefois la Nakagin Capsule Tower (1972) de Kishō Kurokawa (1934-2007), détruite en 2022 pour libérer un sol devenu si précieux dans cette ville qui se renouvelle à l’image d’un métabolisme, d’un petit monstre.

L’architecture est un nuage, sans forme et sans façades, volontairement inachevée ; elle se forme comme un interstice en mouvement, où sa structure irrégulière s’ajuste par l’optimisation, niveau après niveau, à la position la plus adaptée afin de soutenir le tout…

Dans cette architecture chaque colonne est différente en épaisseur et en position, il en est de même pour les dalles.

L’ondulation des différentes dalles, associée à une rampe continue évoluant librement et totalement entre les niveaux, fait naître le sentiment d’un véritable milieu, évoquant tantôt l’atmosphère d’une forêt, tantôt la lumière diffuse d’une grotte. Ce paysage de vallonnements et de reflets trouve son usage au cas par cas. Il accepte volontairement d’arrimer divers éléments – toboggans, rampes, vitrages, caillebotis accueillant le végétal, garde-corps, filets protecteurs, etc. – ainsi que différents éléments posés – coquilles opaques, bulles de verre et cocons de textile.

Les enfants, dans ce paysage nouveau, se sensibiliseront aux possibilités de l’architecture. Ils décideront du climat sur leur peau par leur position dans l’espace. Ils décideront de vivre la communauté dans cet espace libre et ouvert et, parfois, dans un moment de retrait, iront dans une coquille pour se sentir cajolés, enveloppés et réchauffés…

L'enfant, unique mais aussi semblable à mille autres enfants, pourra ressentir les éléments naturels nous entourant : la lumière mouvante entre les dalles, le vent s’engouffrant entre les interstices, les plantes poussant, l’eau le rafraîchissant. Son corps, presque en lévitation à l’idée du mouvement, se sentira parfois plus grand qu’il ne l’est par le resserrement des dalles, et d’autres fois, encore plus petit, vraiment plus petit, dans l’immensité de cette ville, dans l’infini de cette architecture.