WASTE DUMP TRASH. Déchets et architectures.
Définitions et situations
Les déchets désignent ce dont on se défait. Il recouvre plusieurs catégories : déchets agricoles, industriels et commerciaux, déchets ménagers, notamment électroniques . Les déchets produisent différentes situations et différents lieux : lieux de dépôt, dépotoirs, décharges, déchetteries, lieux de stockage, de rebut et de rejet. La décharge est un lieu d’abandon et d’accumulation des déchets. La déchetterie est un lieu organisé de dépôt et de tri des déchets. Nos modes de production et de consommation génèrent un nombre considérable d’objets abandonnés, mais aussi de situations et de lieux liés à leur abandon, leur stockage et leur traitement.
Architectures des marges
Le groupe de projet aborde les situations construites produits par les déchets et, plus largement, par les processus d’abandon, de rejet et de déclassement.
Il s’agit d’abord des équipements que la ville produit pour prendre en charge ses déchets : déchetteries, lieux de tri et de stockage, centres de traitement des déchets. Mais aussi des sites qui révèlent des formes d’accumulations non gérées. Tout ne circulera pas et tout ne peut pas être réemployé : décharges informelles, matériaux pollués, amiante, etc.
À ces lieux s’ajoutent les sites à l’abandon : terrains vagues, ruines, sites de démolition ou d’excavation, infrastructures délaissées.
L’édifice et l’infrastructure peuvent eux-mêmes être considérés comme de futures décharges, mais aussi comme des « gisements » de matériaux.
Ce concerne également les anthroposols , constitués par l’accumulation et l’enfouissement de matières. Des massifs artificiels se forment par l’entreposage des déchets et modifient durablement la topographie. Les déchets industriels contrôlés, les résidus issus des sites d’extraction et les accumulations de matériaux participent ainsi aux modifications topographiques de l’Anthropocène : terrils, déblais, crassiers, haldes, scories, pierres artificielles résiduelles, fossiles. Les déchets issus des chantiers architecturaux participent également à la production de ces nouveaux sols.
Au sens plus large, la notion de déchet peut permettre d’interroger d’autres situations : zones, junkspaces, sites de stockage, forêts brûlées, mais aussi des formes d’habitats considérées comme à la marge ou rejetées : migrants, sans-papiers, personnes queer.
Ces situations s’inscrivent dans une échelle mondiale des déchets et produisent des paysages réciproques entre les lieux de consommation et les lieux de rejet.
Qu’est-ce qui caractérise ces situations ? Elles peuvent être marquées par l’indétermination, l’attente, le potentiel, la capabilité. Ce sont des lieux latents.
Le déchet comme outil critique
Le déchet peut constituer un outil optique critique pour comprendre l’architecture contemporaine. Il existe aujourd’hui un grand triage, non seulement dans les déchets mais aussi dans nos esprits.
Il permet d’observer ce que le système produit tout en cherchant à le maintenir hors de son champ de représentation.
Il révèle une organisation entre l’officiel et le rejeté, le centre et la marge, le classé et le déclassé. Il donne à voir le refoulé du capital : ce qui se passe en périphérie, ce que l’on exclut, ce que l’on ne peut ou ne veut pas voir, l’immonde ou l’immoral.
Il s’agit donc d’étudier des situations organisées ou spontanées, au sens propre comme au sens figuré, et de considérer les déchets passés, existants et futurs, notamment en contexte métropolitain.
Ces lieux peuvent être considérés comme des paysages sentinelles, dans lesquels s’accumulent des résidus négatifs, déchets et rebuts, mais qui permettent en retour de comprendre les transformations de nos territoires et de nos modes de vie.
Le déchet permet ainsi de relier des questions de matérialité, de foncier, de travail, d’écologie et de politique.
Maîtrise, conflit et politique
Ces situations posent la question de la maîtrise : ce qui est contrôlé et ce qui ne l’est pas, ce qui est organisé et ce qui échappe à l’organisation.
La question du déchet est également polémique et politique. Inclure les objets situés à la marge engage une idéologie et construit un récit politique, du point de vue du pouvoir ou des contre-pouvoirs.
Cette organisation du centre et de la marge peut aussi être considérée comme une métaphore de la démocratie : qu’est-ce qui est inclus et qu’est-ce qui est exclu ? Qu’est-ce qui devient visible et qu’est-ce qui est maintenu à distance ?
Les mouvements peuvent alors être centrifuges ou centripètes : rejeter du centre vers la marge, ou au contraire ramener la marge vers le centre. Il s’agit d’un motif ancien, qui prend des formes particulières dans la ville contemporaine.
Perspectives pour l’architecture
Face à ces situations, quelles peuvent être les positions de l’architecture ? Elles peuvent se situer entre ascétisme et réemploi .
- Penser classer : Une première approche consiste à observer, prélever, recenser, quantifier et catégoriser les déchets et les matériaux existants : fragments, prélèvements, inventaires, gravathèques. Leur classification devient une première étape de leur transformation.
Le travail de Rotor déplace ainsi le réemploi vers un registre économique, logistique et institutionnel : démontage, stockage, nettoyage, assurance, catalogue et revente.
- Partir du détail : Elles reposent également la question du détail architectural : comment assembler pour pouvoir désassembler, transformer, réparer et réemployer ?
- Réemployer : Il s’agit également de penser une circularité radicale, dans laquelle les matériaux existants deviennent le point de départ du projet.
Le réemploi peut devenir un lieu d’expérimentation architecturale, comme dans le travail de Bellastock.
- Soustraire, retrancher : Ces pratiques conduisent à envisager des positions plus radicales : ne plus construire en neuf, ne plus construire sur des sites qui ne sont pas déjà construits. Elles invitent à considérer comme faisant partie du projet architectural la fermeture, le démantèlement, la dépollution et le renoncement.


