Deux mutations majeures transforment aujourd'hui les conditions dans lesquelles les architectes sont amenés à penser et à agir : la nécessité d'une transition vers des modèles soutenables et le développement accéléré des cultures numériques, désormais profondément renouvelées par l'intelligence artificielle.
Ces mutations ne concernent pas seulement les outils à disposition des concepteurs. Elles interrogent plus fondamentalement leurs modes de pensée, leurs méthodes d'analyse, leurs démarches de conception et leur capacité à inventer. Les futurs architectes seront ainsi amenés à se positionner face à ces transformations et à élaborer leurs propres méthodes pour intervenir dans des situations caractérisées par une complexité croissante.
Soutenabilité et numérique sont encore souvent envisagés comme deux champs distincts, voire contradictoires : d'un côté le vivant, les ressources, les milieux et les équilibres écologiques ; de l'autre les données, les algorithmes, les modèles et les intelligences artificielles. Le cours propose au contraire d'interroger leurs convergences conceptuelles, méthodologiques et inventives, ainsi que les hybridations qu'elles rendent possibles.
L'écologie scientifique et les sciences des systèmes conduisent notamment à considérer l'architecture à partir des milieux et des systèmes d'interactions dans lesquels elle intervient. Elles mettent en avant des notions telles que interdépendances, processus, diversité, adaptation, résilience, émergence et auto-organisation. Le vivant constitue ainsi non seulement un enjeu pour l'architecture, mais également une source de connaissances et de modèles susceptibles de renouveler les démarches de conception.
Parallèlement, les cultures numériques ont profondément transformé nos capacités de captation, de mémorisation, de représentation, de simulation et de calcul. Après la modélisation numérique, la conception paramétrique et algorithmique et l'exploitation des grandes masses de données, le développement de l'intelligence artificielle introduit une nouvelle transformation. Les machines peuvent désormais participer à l'analyse, à la génération d'hypothèses, à la production de représentations, à la simulation et à l'exploration d'espaces de solutions.
L'enjeu n'est donc plus seulement de savoir comment utiliser l'IA pour concevoir, mais de comprendre ce que l'IA transforme dans l'acte même de concevoir.
Le cours explorera cette question à partir d'exemples issus de l'architecture, du paysage et de l'urbanisme, mais également du design, de l'art, de l'ingénierie, de l'industrie, de la biologie et des sciences. Les investigations pourront être structurées autour de quatre grandes problématiques :
• Qui conçoit ? Comment évoluent les rôles respectifs du concepteur, de la machine, des données et des collectifs ? Que deviennent les notions d'auteur, d'intention, de créativité et de responsabilité ?
• Comment conçoit-on ? Comment l'IA transforme-t-elle les processus d'analyse, d'esquisse, de génération, de simulation, d'évaluation et de décision ? Passe-t-on progressivement de la conception d'une solution à l'exploration d'espaces de solutions ?
• À partir de quoi conçoit-on ? Quels rôles jouent les données, les modèles, les connaissances scientifiques et les corpus d'apprentissage ? Comment les connaissances issues du vivant et des systèmes complexes peuvent-elles dialoguer avec les capacités nouvelles de modélisation et d'apprentissage des machines ?
• Pourquoi et pour qui conçoit-on ? Quels objectifs et quelles valeurs orientent les processus de conception ? Comment articuler des critères environnementaux, sociaux, économiques, culturels et spatiaux ? Quelles responsabilités nouvelles accompagnent la délégation de certaines opérations aux systèmes algorithmiques ?
À travers ces interrogations, le cours cherchera à comprendre comment vivant, pensée systémique, cultures numériques et intelligence artificielle peuvent contribuer à l'émergence de nouvelles démarches inventives. Il s'agira notamment de distinguer automatisation, optimisation, génération, création et invention, et de permettre aux étudiant.e.s de construire une position critique et personnelle face aux transformations en cours.