Atelier architecture de la foule
La dalle des climats. Le récit d’une transformation, entre mythe et magie
Enseignant.e.s Can Onaner et Mathilde Sari
DE Ecologie Radicale, Master S7
Cet atelier s’inscrit dans la continuité des enseignements « Architectures de la foule », en poursuivant une recherche sur les relations entre architecture, regroupements sociaux et transformation des milieux. Il propose cette année d’aborder ces questions à partir de trois notions : la magie, le climat et le mythe.
La magie sera envisagée moins comme un imaginaire fantastique que comme une manière de penser la relation entre les choses, le bas et le haut, le caché et le visible, et les forces qui relient les humains à leurs environnements physiques et sociaux. La « magie naturelle » désigne ces liens invisibles qui existent entre les choses, les matières, les vivants et les non-vivants. La « magie sociale » agit sur ces relations : par des rituels, elle rapproche, sépare, déplace et transforme.
Le climat sera abordé dans ce sens élargi : comme un milieu physique fait de chaleur, d’humidité, de lumière, de vent, d’eau, de végétation et de matières, mais également comme un environnement social. Il s’agira d’imaginer comment la magie peut transformer un environnement climatique : créer des microclimats, des îles magiques dans les îles de béton, faire surgir du végétal, déplacer l’eau, la chaleur ou le vent, mais aussi engendrer des situations sociales inattendues dans des espaces programmés.
Les foules seront considérées comme des regroupements éphémères capables de s’approprier un lieu et de le transformer momentanément, ou d’y laisser des traces durables. Mais elles ne seront pas nécessairement humaines, ni même vivantes : foules végétales, arbres, voitures, chaises, débris de béton, poussières ou matières déplacées par le vent pourront constituer autant de collectivités soumises aux forces de la magie.
Ces transformations prendront pour territoire les dalles parisiennes : Olympiades, Beaugrenelle, Italie, Place des Fêtes et autres ensembles associant dalles et tours. La dalle sera envisagée dans toute son épaisseur, avec ses infrastructures et ses espaces cachés, autant que dans sa relation aux tours et aux espaces publics qui la surmontent. Il s’agira de dénaturer la dalle et la tour par les procédés de la magie, pour chercher dans ces architectures de béton les conditions d’autres milieux physiques et sociaux.
Objectifs pédagogiques
L’objectif de l’atelier est d’amener les étudiant.e.s à concevoir l’architecture comme support et acteur d’une transformation.
Le projet ne partira donc pas d’un programme à résoudre mais de l’invention d’un mythe : le récit d’une possible transformation du monde. La notion de mythe permet de dépasser le simple événement ou la fiction ponctuelle pour construire une cosmologie générale dans laquelle humains, architectures, matières, objets et phénomènes climatiques entretiennent des relations.
Le rituel constituera l’articulation entre mythe et magie. L’architecture sera le support matériel de rituels ayant vocation à transformer notre rapport à nos environnements physiques et sociaux : organiser des rituels magiques informels dans l’épaisseur de la dalle et des cultes formels sur le dessus – ou inversement ; engendrer des foules éphémères ; déplacer des matières ; provoquer des phénomènes climatiques ; faire apparaître de nouvelles relations entre les corps, les objets et les espaces. Il s’agira ainsi d’apprendre à travailler simultanément avec le récit, la matière, le climat, le corps et la forme architecturale, sans que l’un ne soit simplement l’illustration de l’autre.
Le projet architectural restera au centre de l’enseignement et sera développé par les outils habituels de l’architecture – dessins, plans, coupes, maquettes, détails, recherches matérielles – auxquels viendra s’ajouter un travail important sur l’image en mouvement et le son. La vidéo ne constituera pas une fin en soi, mais un outil de conception permettant d’éprouver ce que le dessin et la maquette fixe représentent plus difficilement : le temps, le mouvement des corps et des foules, les transformations climatiques, les rituels et les changements d’état de l’espace.


