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  • S7-P1 PROJET ARCHITECTURAL ET URBAIN

Projet S7

Semestre 7

DE 4 DEER : Architecture de la foule - C. Onaner

Enseignant(s) : Mathilde Sari,Can Onaner

  • Année : 4
  • Semestre : 7
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

Atelier architecture de la foule

La dalle des climats. Le récit d’une transformation, entre mythe et magie

 

 

Enseignant.e.s Can Onaner et Mathilde Sari

DE Ecologie Radicale, Master S7

 

Cet atelier s’inscrit dans la continuité des enseignements « Architectures de la foule », en poursuivant une recherche sur les relations entre architecture, regroupements sociaux et transformation des milieux. Il propose cette année d’aborder ces questions à partir de trois notions : la magie, le climat et le mythe.

La magie sera envisagée moins comme un imaginaire fantastique que comme une manière de penser la relation entre les choses, le bas et le haut, le caché et le visible, et les forces qui relient les humains à leurs environnements physiques et sociaux. La « magie naturelle » désigne ces liens invisibles qui existent entre les choses, les matières, les vivants et les non-vivants. La « magie sociale » agit sur ces relations : par des rituels, elle rapproche, sépare, déplace et transforme.

Le climat sera abordé dans ce sens élargi : comme un milieu physique fait de chaleur, d’humidité, de lumière, de vent, d’eau, de végétation et de matières, mais également comme un environnement social. Il s’agira d’imaginer comment la magie peut transformer un environnement climatique : créer des microclimats, des îles magiques dans les îles de béton, faire surgir du végétal, déplacer l’eau, la chaleur ou le vent, mais aussi engendrer des situations sociales inattendues dans des espaces programmés.

Les foules seront considérées comme des regroupements éphémères capables de s’approprier un lieu et de le transformer momentanément, ou d’y laisser des traces durables. Mais elles ne seront pas nécessairement humaines, ni même vivantes : foules végétales, arbres, voitures, chaises, débris de béton, poussières ou matières déplacées par le vent pourront constituer autant de collectivités soumises aux forces de la magie.

Ces transformations prendront pour territoire les dalles parisiennes : Olympiades, Beaugrenelle, Italie, Place des Fêtes et autres ensembles associant dalles et tours. La dalle sera envisagée dans toute son épaisseur, avec ses infrastructures et ses espaces cachés, autant que dans sa relation aux tours et aux espaces publics qui la surmontent. Il s’agira de dénaturer la dalle et la tour par les procédés de la magie, pour chercher dans ces architectures de béton les conditions d’autres milieux physiques et sociaux.

 

Objectifs pédagogiques

 

L’objectif de l’atelier est d’amener les étudiant.e.s à concevoir l’architecture comme support et acteur d’une transformation.

Le projet ne partira donc pas d’un programme à résoudre mais de l’invention d’un mythe : le récit d’une possible transformation du monde. La notion de mythe permet de dépasser le simple événement ou la fiction ponctuelle pour construire une cosmologie générale dans laquelle humains, architectures, matières, objets et phénomènes climatiques entretiennent des relations.

Le rituel constituera l’articulation entre mythe et magie. L’architecture sera le support matériel de rituels ayant vocation à transformer notre rapport à nos environnements physiques et sociaux : organiser des rituels magiques informels dans l’épaisseur de la dalle et des cultes formels sur le dessus – ou inversement ; engendrer des foules éphémères ; déplacer des matières ; provoquer des phénomènes climatiques ; faire apparaître de nouvelles relations entre les corps, les objets et les espaces. Il s’agira ainsi d’apprendre à travailler simultanément avec le récit, la matière, le climat, le corps et la forme architecturale, sans que l’un ne soit simplement l’illustration de l’autre.

 

Le projet architectural restera au centre de l’enseignement et sera développé par les outils habituels de l’architecture – dessins, plans, coupes, maquettes, détails, recherches matérielles – auxquels viendra s’ajouter un travail important sur l’image en mouvement et le son. La vidéo ne constituera pas une fin en soi, mais un outil de conception permettant d’éprouver ce que le dessin et la maquette fixe représentent plus difficilement : le temps, le mouvement des corps et des foules, les transformations climatiques, les rituels et les changements d’état de l’espace.

Contenu

Contenus pédagogiques

 

Dès le début du semestre, chaque étudiant.e ou groupe d'étudiant.e.s choisira une dalle parisienne, qui constituera son territoire d’expérimentation pendant tout le semestre. Iels auront parallèlement accès à un large corpus proposées par l'enseignant de références architecturales, artistiques, cinématographiques et théoriques correspondant aux différentes échelles abordées.

À partir de ces références et de l’analyse du site sera progressivement construit un récit entre mythe et magie. Ce récit mettra en relation une transformation climatique, une transformation sociale et une transformation architecturale.

Le travail portera sur plusieurs familles de phénomènes : les rapports entre naturel et artificiel ; le visible et le caché ; le climat et les microclimats ; les rassemblements et dispersions de foules ; les relations entre vivants et non-vivants ; les transformations temporaires ou durables ; les rituels ; les objets et artefacts ; les matières et leurs déplacements.

L’architecture sera envisagée comme un milieu complexe fait de matières, de formes et d’atmosphères physiques visibles autant que de choses immatérielles, énergétiques et invisibles. Elle pourra devenir le dispositif par lequel ces différentes réalités entrent momentanément en relation.

 

 

Méthode pédagogique

 

Le semestre progressera par sauts d’échelle, afin que le même mythe soit successivement éprouvé à travers plusieurs formes architecturales.

 

1. Artefact corporel / artefact architectural – échelle 1:1

Le premier travail portera sur la conception et la fabrication d'un artefact situé entre corps et architecture. Objet porté, manipulé, traversé ou habité, il permettra d'expérimenter directement une relation entre corps, matière, environnement et rituel. Dessiné puis construit à l'échelle 1, l'artefact sera ensuite mis en situation dans un environnement réel. Un « plan-séquence » en vidéo permettra d'enregistrer et d'éprouver son interaction avec un ou plusieurs corps et avec le milieu.

 

2. Maison / temple – échelle 1:20

Un saut d'échelle transformera le rituel initial en espace architectural. Entre maison et temple, architecture domestique et architecture cultuelle, il s'agira de spatialiser le mythe et d'interroger la relation entre rituel individuel et collectif, pratique informelle et culte institué. Le projet sera développé par le dessin et par une maquette au 1:20, conçue jusque dans ses espaces intérieurs. La caméra deviendra ensuite un moyen de pénétrer dans cette architecture : une succession de plans fixes filmés à l'intérieur de la maquette permettra d'en éprouver les espaces et leurs transformations.

 

3. Dalle / tours – échelle 1:200 / 1:2000

Le troisième moment transposera ces principes à l'échelle de l'infrastructure et du fragment urbain. La dalle et les tours seront envisagées comme un paysage artificiel susceptible d'être transformé par des phénomènes climatiques, matériels et sociaux. Plans, coupes, dessins de détail et maquette au 1:200 permettront de développer précisément cette transformation architecturale, depuis les épaisseurs cachées de la dalle jusqu'aux tours, aux espaces publics et aux nouveaux milieux qu'ils accueillent, tandis qu'une carte au 1:2000 contextualisera cette infrastructure dans le paysage urbain. La grande maquette finale sera parcourue par la caméra en « travelling », afin de mettre en mouvement les relations entre architecture, foule et climat.

 

À travers ces passages successifs du corps à la maison, de la maison au temple, du temple à l’infrastructure et de l’infrastructure au paysage, il s’agira finalement de rechercher toutes les échelles possibles de la transformation par la magie – et de faire de l’architecture le support matériel d’un mythe capable d’agir sur le monde.

 

 

4. Le récit sonore

En parallèle du développement final du projet, un exercice plus court proposera de reconstruire la transformation de la dalle et des tours par le son uniquement. Corps, foules, matières, phénomènes climatiques, machines, voix et silences devront permettre de restituer un espace et les événements qui le traversent sans avoir recours à l'image.

 

 

Tout au long du semestre, ces expériences audiovisuelles accompagneront le développement des projets. Les différentes séquences pourront être réunies en fin de semestre dans un montage commun, éventuellement accompagné de textes sous forme de sous-titres. Le film constituera ainsi la mémoire temporelle des transformations successivement expérimentées, en dialogue avec les dessins et les maquettes qui resteront les supports principaux de définition du projet architectural.

L'atelier ne nécessite aucune compétence poussée de la vidéo ; l'apprentissage se fera intuitivement, par l'expérimentation, toujours en lien avec les outils connus de la conception et de la représentation architecturale.

Travaux

Voir Contenu

Bibliographie

Bibliographie

Les dispositions magiques de l'architecture, entre créativité, création et créature, Can Onaner, in Magie, La déraison des infrastructures, éd. MétisPresses, 2024

Aspects du mythe, Mircea Eliade, Folio Essais, 1963

Le sacré et le profane, Mircea Eliade, Folio Essais, 1965

La fausse montagne, histoire d'une forme symbolique, Michael Jakob, MétisPresses, 2021

Esquisse d'une théorie générale de la magie, Marcel Mauss et Henri Hubert, 1904, PUF, 2019

De la magie, Giordanno Bruno, éditions Allia, 2000

Profanations, Giorgio Agamben, Rivages, 2005

Qu'est ce qu'un dispositif, Giorgio Agamben, Rivages, 2014

Marcher avec les dragons, Tim Ingold, Zones Sensibles, 2013

Une brève histoire des lignes, Tim Ingold, Zones Sensibles, 2011

Hors nature, l’enceinte, une figure de la sédentarisation, Franck Rambert, Métispresses, 2019

La fête et la machine mythologique, Furio Jesi, Mix, 2008

Spartakus, symbolique de la révolte, Furio Jesi, La Tempête Editions, 2016

Les Arts de l'hallucination, Donata Pesenti Campagnoni et Paolo Tortonese, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2001

Eloge de Kenneth Anger – vraie et fausse magie, Olivier Assayas, Cahiers du Cinéma, 1999

Cinéma et magie, de Maxime Scheinfeigel, Armand Colin, 2008

Manuel de psychomagie, Alejandro Jodorowsky, Albin Michel, 2009

Le park, 2010, Bruce Bégout

Le mont analogue, 1952, René Daumal

Les cités invisibles, 1972, Italo Calvino

 

Filmographie

Les films de Georges Méliès et Segundo de Chomon ainsi que les installations de Pierrick Sorin

Les films de l’expressionnisme allemand dont Le cabinet du docteur Caligari, 1920, Robert Wiene, Nosferatu le vampire, 1922, Friedrich Wilhelm Murnau et Le montreur d'ombres, 1923, Arthur Robison

Les films dadaistes dont Entr'acte, 1924, René Clair, Le ballet mécanique, 1924, Fernand Léger et Dudley Murphy, Emak Bakia, 1926, Man Ray, Ghosts before breakfast, 1928 et Rêves à vendre, 1947, Hans Richter ou encore les films de Walter Rutlmann et plus récemment Jonas Mekas

La chute de la maison Usher, 1928 et Le tempestaire, 1947, Jean Epstein

L’homme à la caméra, 1929, Dziga Vertov

Le sang d'un poète, 1932, La belle et la bête, 1946, Orphée, 1950 et Le testament d'Orphée, 1960, Jean Cocteau

Une nuit sur le mont chauve, 1933, Alexandre Alexeïeff et Claire Parker

Meshes of the afternoon, 1943, At land, 1944 et Ritual in transfuring time, 1946, Maya Deren

Les films de Kenneth Anger

Les statues meurent aussi, 1953 et Le chant du styrène, 1959, Alain Resnais

Persona, 1966, Ingmar Bergman

La Notte, 1961, L'eclipse, 1962 et Le désert rouge, 1964, Michelangelo Antonioni

La jetée, 1962 et Sans soleil, 1983, Chris Marker

L'enfer, 1964, Henri Georges-Clouzot

Andreï Roublev, 1966, Solaris, 1972, Le miroir, 1975 et Stalker, 1979, Andreï Tarkovski

Médée, 1969, Pier Paolo Pasolini

La montagne sacrée, 1973, d'Alejandro Jodorowsky

Cerimonia, 1973, Superstudio

Vertical Features remake, 1978, et les films de Peter Greenaway

Blade Runner, 1982, Ridley Scott et Blade Runner 2049, 2017, Denis Villeneuve

Les films de David Cronenberg

2046, 2004, Wong Kar Wai

La science des rêves, 2006, Michel Gondry

Mythomanias, 2012, série de films de Camille Lacadée et François Roche

Sils Maria, 2014, Olivier Assayas

Les films et les courts métrages d'Apichatpong Weerasethakul