Retour

  • S8-P2 PROJET ARCHITECTURAL ET URBAIN

DE 4 : Contours - A. Durrmeyer, S. Rougerie

Semestre 8

Responsable(s) : Philippe Maillols, Adrien Durrmeyer

Enseignant(s) : Boris Weliachew, Sophie Rougerie

  • Année : 4
  • Semestre : 8
  • E.C.T.S : 13
  • Coefficient : 5,00
  • Compensable : non
  • Stage : non
  • Session de rattrapage : non
  • Mode : option
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

Cette pédagogie invite les étudiants à un travail collaboratif.

 

Une collaboration n’a pas pour objectif l’aboutissement nécessaire à un compromis. Elle est avant tout une démarche de conception, un protocole de recherche et d’expérimentation par la négociation.
 Le système collaboratif est moins tourné vers la nécessité d’un résultat que vers l’apparition d’une objectivité projectuelle intrinsèque. 


 

La confrontation est un acte par lequel conception et réalisation émergent simultanément. 
La tentative de collision architecturale au travers des différentes propositions issues des divers intervenants permet in fine de révéler les qualités propres à chaque projet.

 

Les protocoles de collaboration mis en place influent sur les études architecturales en cours et à venir. Cette méthodologie évolutive
 de travail participe à la construction d’une recherche personnelle. Elle produit, analyse et développe une série de thématique particulière, constitue un corpus intime par la collection d’expériences partagées.

 

Ce processus empirique compose un paysage de possibilités spatiales. Il soutient l’opportunité d’une projection architecturale par les potentiels et les usages.

Contenu

MÉTAMORPHOSES DU TRAVAIL

 

Intentions

Ce titre (qui renvoie, bien sûr, à l’ouvrage éponyme d’André Gorz) énonce un constat que l’expérience commune du confinement a rendu palpable pour nombre d’entre nous : la notion de travail, telle qu’elle est entendue dans notre société, est en train de subir de profondes transformations. Ces changements radicaux n’ont pas manqué de faire apparaître clairement un certain nombre de paradoxes, dont deux seront développés ici.

 

1 - D’une part, il a bien fallu admettre que les tâches indispensables à notre survie collective constituaient injustement les moins valorisées et les moins rémunérées ; bien qu’à l’évidence, un monde sans trader soit plus soutenable qu’un monde sans caissière. Il y a à cela une raison simple : dans un système capitaliste, la valeur d’un travail est définie selon une logique quantitative, et non une logique qualitative. C’est-à-dire qu’une activité qui met en valeur du capital sera toujours mieux rémunérée qu’une activité qui ne le fait pas ou peu. Et ce, quelles que soient les conséquences de cette activité ; voilà pourquoi polluer une rivière rapporte plus que de ramasser des ordures.

 

2 - D’autre part, cet événement a rendu particulièrement visible les formidables inégalités dans les cadres au sein desquels les diverses activités auraient désormais à se développer. Quand l’un pouvait envoyer par email des Power-Point les pieds dans sa piscine, l’autre devait toujours emprunter des métros bondés à 5h du matin pour désinfecter des hôpitaux ; la pénibilité des conditions de l’activité étant, à nouveau, inversement proportionnelle à sa rémunération. Là encore, une distinction claire peut être établie dans la hiérarchisation des tâches : le travail intellectuel dispose d’une valorisation supérieure au travail manuel – bien que fût faite la démonstration éclatante que le fonctionnement de notre système productif reposait quasi-intégralement sur ce dernier.

 

En d’autres termes, si le travail subit des métamorphoses, cela ne signifie pas qu’il cesse d’être une activité ; ce qui change, c’est sa définition (qu’est ce qui est du travail et qu’est ce qui n’en est pas) et la condition de cette activité (dans quel lieu et selon quelles modalités).

 

Nous essaierons ce semestre de développer des alternatives à ces deux questions (définition et condition du travail) à travers la production de projets architecturaux traitant des espaces de travail au sens large. Parmi les sujets possibles, on pourra, par exemple, développer une réflexion sur le rapport entre travail et habitat (dans quelles conditions peut-on habiter son lieu de travail ?), le typical plan (dans quelle mesure un système constructif influe-t-il sur les conditions de travail ?), la réhabilitation de bâtiment de bureau (peut-on le reconvertir en logement ?), la standardisation issue du processus industriel (qu’est-ce qu’une économie du projet ?) ou encore les zones commerciales (comment investir les zones péri-urbaines ?). Ces questions n’attendent pas de réponses définitives : elles constituent simplement des prétextes à une investigation par le projet.

 

Si ces projets engageront une production critique dans le contexte actuel, ils devront néanmoins pouvoir y être réalisés ; il s’agira de développer collectivement un ensemble d’interventions bâties au sein d’un territoire commun, situé en région parisienne.

 

 

Sujet

Le travail proposé ce semestre reposera donc sur l’hypothèse suivante : pratiquer l’architecture revient à engager une réflexion technique, esthétique et politique sur les définitions et les conditions du travail. Technique, car elle implique de maîtriser les mécanismes d’une construction dans le réel ; esthétique, car elle suscite une expérience sensible qui détermine notre perception de l’espace et du temps ; politique, car elle engage les conditions d’organisation d’un vivre-ensemble.

 

Il appartiendra aux étudiant·e·s d’approfondir, d’associer, d’opposer ou de développer de nouvelles pistes de réflexions sur ce sujet pour faire émerger leurs projets. Cet enseignement considère la singularité propre à chaque proposition argumentée de la part des étudiant·e·s comme le fondement de la construction du projet architectural.

 

L’enseignement développé ce semestre proposera aux étudiant·e·s de manipuler les potentialités appliquées d’une pensée architecturale articulée aux enjeux du travail, à travers la production d’un bâtiment au programme libre. Ce projet servira de support à une réflexion radicale sur les usages, les modes de vie, les conditions d’organisation et de mise en œuvre d’un modèle de travail alternatif. Le choix de projets aux surfaces réduites orientera la production architecturale vers une attention particulière aux détails et la réalisation d’éléments de rendu (maquettes, plans, coupes) à grande échelle (minimum 1/50e).

 

Cet exercice sera accompagné de la constitution, tout au long du semestre, d’un corpus commun de références graphiques et textuelles. Il s’agira ainsi d’associer une démarche personnelle de projet à la formulation d’une réflexion collective, et d’appréhender leurs influences mutuelles au sein d’un même processus créatif.

Bibliographie

DOGMA + Realism Working Group, Communal Villa : Production and Reproduction in Artists’ Housing. Leipzig, Spector Books, 2016.

 

FRIOT, Bernard, Émanciper le travail. Entretiens avec Patrick Zech.

Paris, La dispute, 2014.

 

GORZ, André, Métamorphoses du travail. Critique de la raison économique.

Paris, Folio, 2004.

 

KOOLHAAS, Rem et MAU, Bruce, S, M, L, XL.

New York, Monacelli Press, 1997.

 

KUO, Jeannette, A Typical Plan. Projects and Essays on Identity, Flexibility and Atmosphere in the Office Building.

Zürich, Park Books, 2015.

 

LORDON, Frédéric, Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza.

Paris, La fabrique, 2010.

 

MALM, Andreas, Comment saboter un pipeline.

Paris, La fabrique, 2019.

 

PEREC, Georges, L’infra-ordinaire.

Paris, Seuil, coll. Librairie du XXIe siècle, 1989.

 

THOMPSON, Edward P., Temps, discipline du travail et capitalisme industriel.

Paris, La fabrique, 2004.

 

Vidéos

 

ARRÊT SUR IMAGES, BERNARD, Judith et LORDON, Frédéric, Capitalisme, désir et servitude, 2010.

www.youtube.com/watch

 

FRIOT, Bernard, Une autre apporche du salariat, 2018.

www.youtube.com/watch et t=2312s