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  • S8-P2 PROJET ARCHITECTURAL ET URBAIN

DE 4 : Faire avec / faire autrement : Surfaces - Maya Nemeta et Julien Broussart

Semestre 8

Responsable(s) : Maya Nemeta, Julien Broussart

  • Année : 4
  • Semestre : 8
  • E.C.T.S : 13
  • Coefficient : 5,00
  • Compensable : non
  • Stage : non
  • Session de rattrapage : non
  • Mode : option
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

DESCRIPTION

Cet enseignement de master soutient que l’architecte est avant tout quelqu’un qui fait parce qu’il pense, et qui pense parce qu’il fait. C’est un·e intellectuel·le qui s’implique dans l’analyse, la fabrication et la transformation du monde.

 

Plus précisément, la réflexion que nous tentons d’y mener est la suivante : comment faire avec ce qui est déjà là, comment faire autrement que ce qui est déjà fait ? Comment concevoir une architecture à partir des conditions de l’existant, en intégrant pleinement les enjeux économiques, sociaux, politiques, écologiques, numériques qui définissent notre société contemporaine ? Mais aussi, comment concevoir une architecture qui soit en capacité, non pas de reproduire ces mêmes conditions – et avec elles, les risques profonds qu’elles génèrent et que nous pouvons constater chaque jour –, mais bien de participer à leur évolution ?

 

Pour cela, la pédagogie de ce master se fonde sur une méthode claire : questionner les conditions de production architecturale à travers des exercices de projet concrets et situés. Ces derniers engagent aussi bien l’échelle urbaine que celle du bâtiment à travers l’exploration de programmes divers : logement, équipement, bureau, espace public, infrastructure.

 

Le master « faire avec, faire autrement » articule ainsi deux échelles distinctes au cours de ses deux semestres : en S7, l’enseignement « contours » propose d’étudier les liens entre la mise en œuvre constructive et l’appareil productif contemporain en projetant de l’édifice vers le territoire ; en S8, l’enseignement « surfaces » propose d’explorer les enjeux soulevés au sein des paysages que fabriquent nos modes de production contemporains (ZAC, habitat péri-urbain, zones industrielles, bourgs abandonnés, grands ensembles, pavillonnaire, terrains agricoles et tant d’autres) en projetant du territoire vers l’édifice.

 

APPLICATION

Comment, concrètement, engager une réflexion sur les rapports entre architecture et modes de production au sein des ENSA, et quoi cela peut-il constituer une pédagogie ?

 

Soulignons d’abord que l’architecture, comme l’ensemble des autres disciplines d’ailleurs, est nécessairement soumise aux conditions de production de son temps. On ne peut penser qu’à partir des structures intellectuelles propre à notre époque, et on ne peut construire qu’à partir des connaissances techniques et scientifiques de notre époque également. Cependant, et c’est là le point crucial, nous émettons l’hypothèse que l’architecture dispose de la capacité d’influer en retour sur ces mêmes structures et connaissances, c’est-à-dire sur l’appareil productif au sens large. À travers la puissance de sa matérialité, une architecture exprime autant une époque qu’elle construit les bases de l’époque suivante.

 

L’exemple le plus parlant de ce pouvoir transformateur, est sans doute la fameuse cuisine de Francfort, conçue en 1926 par Margarete Schütte-Lihotzky et Ernst May. Ce projet de standardisation du mobilier de cuisine, visait d’abord à en réduire le coût de fabrication et à améliorer l’efficacité des tâches ménagères. Nos cuisines contemporaines, à travers le monde, suivent désormais, dans leur immense majorité, les dimensions standards (60x60) définies par ce projet : clairement, l’ensemble de l’appareil de production industrielle de l’électroménager a été bouleversé et refaçonné durablement par un projet d’architecture.

 

Nous savons bien que le système productif contemporain soulève des enjeux urgents et majeurs : pour rappel, le secteur du bâtiment, en France, consomme 45% de l’énergie nationale, et est producteur de 25% des émissions de gaz à effet de serre. Au-delà de ce secteur, les effets de l’exploitation à outrance des ressources naturelles, du réchauffement climatique, des extinctions animales et végétales de masse, de l’explosion des inégalités économiques et sociales et désormais des risques pandémiques, pointent tous vers un même constat : notre système productif n’est pas viable, et il importe de le transformer. Pour quel nouveau système, c’est toute la question. Et c’est autour de cette question que notre pédagogie invite étudiantes et étudiants à réfléchir, à travailler et finalement à y apporter des éléments de réponse par le projet architectural.

 

De la même manière que des projets passés ont eu la capacité de transformer en profondeur le mode de production de leur époque, l’ambition de notre master est de construire sur le long terme, avec les étudiant·es, une collection de projets concrets et réalistes, s’ancrant dans les conditions actuelles, et dont la matérialisation disposerait potentiellement des mêmes capacités de remise en cause et de transformation du mode de production contemporain.

Contenu

DU TERRITOIRE À L'ÉDIFICE

L’évocation du terme de « territoire » fait apparaître une série de couples antagonistes bien particuliers : nature/culture, urbain/rural, paysage/bâti, public/privé, ville/campagne, agriculture/industrie, etc.

La pratique physique de ce même territoire révèle une réalité toute différente ; les limites séparatives entre ces divers couples se matérialisent avec tant de peine, et souvent dans une telle confusion, qu’on en vient à se demander si on peut encore considérer qu’elles existent. C’est probablement là le révélateur d’une condition propre à nos sociétés mondialisées : avec l’extension économique perpétuelle du domaine de la marchandise, engendrée par la mobilisation totale, vient aussi son corolaire spatial sous la forme de l’homogénéisation totale.

 

Nous n’en sommes pourtant pas encore tout à fait là. Si ce processus est déjà bien entamé, étudié et documenté, il n’est certainement pas abouti. C’est à ce point précis que commencera notre travail. Cette forme particulière de territoire est déjà là et c’est la nôtre. Elle recèle, en vérité, dans ses paradoxes et ses contradictions, d’une incroyable richesse spatiale, programmatique, juridique, esthétique, végétale, politique, matérielle, technique, géologique… – et cela est justement le résultat de sa condition inachevée. Dans cet intervalle des possibles, elle demeure, malgré tout, fondamentalement occupable : occupons-la.

 

L’enseignement « surfaces » s’emploiera au développement de projets architecturaux et urbains au cœur même de ces surfaces grises : ZAC, habitat péri-urbain, zones industrielles, bourgs abandonnés, grands ensembles, pavillonnaire, terrains agricoles et tant d’autres. Nous tenterons ici de développer les capacités de l’architecture à articuler dialectiquement les différentes échelles à l’œuvre dans la constitution du commun : la structure de l’édifice, l’infrastructure de sa production et la superstructure de son imaginaire.

 

EXERCICE : UNE ÉCOLE D'ARCHITECTURE EXPÉRIMENTALE

Il existe, historiquement, un lien étroit entre architecture et enseignement : à tout enseignement spécifique semble également correspondre une architecture propre. On pense, par exemple, au célèbre portique de l’école stoïcienne, qui donna son nom à cette doctrine philosophique (stoa), ou encore à la non moins célèbre Académie de Platon, édifiée à la périphérie d’Athènes pour y accueillir et loger les élèves. Au début du XXe siècle, les expériences du Bauhaus en Allemagne ou des Vhutemas en URSS ont réactivé cette idée – la nécessité de bâtiments modernes pour enseigner l’architecture moderne. On pourra enfin citer des projets emblématiques propres à des pédagogies alternatives, comme l’École de plein air de Suresnes (Eugène Baudoin et Marcel Lods, 1935) ou l’École Montessori de Delft (Herman Hertzberger, 1966).

 

Nous proposons, ce semestre, de poursuivre ces réflexions à travers la projection d’une école d’architecture expérimentale, conçue, organisée et pensée par ses étudiantes et étudiants. Cette école sera composée, à la manière d’un campus, de différents éléments bâtis au sein d’un territoire commun, en l’occurrence, le site historique du centre universitaire expérimental de Vincennes et ses alentours, dans le bois de Vincennes. Il reviendra à chaque étudiant·e de déterminer le terrain d’implantation, le programme et l’usage du bâtiment qu’il ou elle concevra ; l’ensemble des projets constituera de fait un projet collectif, interrogeant un territoire plus vaste à travers la coexistence d’édifices singuliers, dans leurs complémentarités comme leurs contradictions.

 

Nous partirons ici de l’hypothèse que les conditions et l’organisation spatiales propres à un projet bâti engagent profondément ce qui pourra y être enseigné. La réflexion portera donc aussi bien sur la formalisation des édifices, les moyens de leur production, leurs mises en œuvre, et les usages potentiels qu’ils permettent. Une attention particulière sera portée sur le rapport au paysage environnant, ainsi qu’à l’inscription des projets dans une soutenabilité écologique. Pour ce faire, cet enseignement s’engagera aussi bien dans une définition constructive poussée (détails au 1/50) que dans une recherche personnelle concernant les modes de représentation.

Si cette école alternative a pour ambition d’accueillir des formes pédagogiques inédites, de repenser nos modes de vie et de transformer in fine la pratique de l’architecture, les édifices qui la constituent se doivent d’être exemplaires quant à leur intégration des enjeux sociaux, politiques, économiques et écologiques contemporains.

Bibliographie

ALBERTI (Leon Battista), L’art d’édifier, Seuil, Paris, 2004. Texte traduit, présenté et annoté par CAYE (Pierre) et CHOAY (Françoise).

 

AURELI (Pier Vittorio), Less is enough. Strelka Press, Moscou, 2014.

 

BANHAM (Reyner), L’architecture de l’environnement bien tempéré, HYX, Orléans, 2011.

 

BARTHES (Roland), Comment vivre ensemble. Cours et séminaires au Collège de France (1976-1977), Seuil, coll. « Traces écrites », Paris, 2002.

 

BRANZI (Andrea), Domestic Animals: the Neoprimitive Style. Thames and Hudson, Londres, 1987.

 

BRANZI (Andrea), No-Stop City : Archizoom Associati. HYX, Orléans, 2006.

 

CAYE (Pierre), Durer. Éléments pour la transformation du système productif, Belles Lettres, Paris, 2020.

 

DEPLAZES (Andrea), Construire l’architecture, du matériau brut à l’édifice. Birkhaüser, Berlin, 2008.

 

DOGMA + Realism Working Group, Communal Villa: Production and Reproduction in Artists’ Housing. Spector Books, Leipzig, 2016.

 

GORZ (André), Écologica, Galilée, Paris, 2007.

 

GORZ (André), Bâtir la civilisation du temps libéré, Les Liens qui Libèrent, Paris, 2013.

 

GUENOUN (Elias), 198 assemblages du bois. Éditions Formes, Choisy-le-Roi, 2014.

 

HACHE (Émilie), Ce à quoi nous tenons. Proposition pour une écologie pragmatique, La Découverte, Paris, 2019.

 

HERTZBERGER (Herman), Lessons for Students in Architecture. NAI Publishers, Rotterdam, 2016.

 

ILLICH (Ivan), La convivialité. Seuil, coll. Points Essais, Paris, 2014.

 

IMPRIMERIE NATIONALE, Lexique des règles typographiques en usage à l’imprimerie nationale. Imprimerie nationale, Paris, 2002.

 

ISHIGAMI (Junya), Another scale of architecture. Seigensha, Kyoto, 2010.

 

KEUCHEYAN (Razmig), Les besoins artificiels. Comment sortir du consumérisme, Zones, Paris, 2019.

 

KOOLHAAS (Rem) et OBRIST (Hans Ulrich), Project Japan, Metabolism talks... Taschen France, Paris, 2011.

 

LOOS (Adolf), Comment doit-on s’habiller? Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, Paris, 2014.

 

LUCAN (Jacques), Précisions sur un état présent de l’architecture. PPUR, Lausanne, 2015.

 

LUCAN (Jacques), Habiter. Ville et architecture. PPUR, Lausanne, 2021.

 

MALM (Andreas), L’anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital, La fabrique, Paris, 2017.

 

MALM (Andreas), La chauve-souris et le capital. Stratégie pour l’urgence chronique, La fabrique, Paris, 2020.

 

MARI (Enzo), Autoprogettazione ? Corraini, Mantoue, 2014.

 

MAROT (Sébastien), L’art de la mémoire, le territoire et l’architecture. Éditions de la Villette, Paris, 2010.

 

MARX (Karl), Le Capital. Livre 1, Folio, Paris, 2008.

 

PEREC (Georges), L’infra-ordinaire. Seuil, coll. Librairie du XXIe siècle, Paris, 1989.

 

RANCIÈRE (Jacques), Le partage du sensible, La fabrique, Paris, 2000.

 

RUDOWSKY (Bernard), Architecture Without Architects: A Short Introduction to Non-Pedigreed Architecture. University of New Mexico Press, Albuqueque, 1987.

 

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SEIKE (Kiyosi), The art of Japanese joinery. Weatherhill / Tankosha, New York / Tokyo, 1977.

 

STRAUSS (Erwin S.), How to Start Your Own Country. Paladin Press, Boulder, 1999.

 

TAFURI (Manfredo), Architecture and Utopia. Design and Capitalist Development, MIT Press, Cambridge, 1976.