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  • S8-P2 PROJET ARCHITECTURAL ET URBAIN

DE 4 : Contours - A. Durrmeyer, P. Maillols

Semestre 8

Responsable(s) : Philippe Maillols, Adrien Durrmeyer

  • Année : 4
  • Semestre : 8
  • E.C.T.S : 13
  • Coefficient : 5,00
  • Compensable : non
  • Stage : non
  • Session de rattrapage : non
  • Mode : option
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

Cette pédagogie invite les étudiants à un travail collaboratif.

 

Une collaboration n’a pas pour objectif l’aboutissement nécessaire à un compromis. Elle est avant tout une démarche de conception, un protocole de recherche et d’expérimentation par la négociation.
 Le système collaboratif est moins tourné vers la nécessité d’un résultat que vers l’apparition d’une objectivité projectuelle intrinsèque. 


 

La confrontation est un acte par lequel conception et réalisation émergent simultanément. 
La tentative de collision architecturale au travers des différentes propositions issues des divers intervenants permet in fine de révéler les qualités propres à chaque projet.

 

Les protocoles de collaboration mis en place influent sur les études architecturales en cours et à venir. Cette méthodologie évolutive
 de travail participe à la construction d’une recherche personnelle. Elle produit, analyse et développe une série de thématique particulière, constitue un corpus intime par la collection d’expériences partagées.

 

Ce processus empirique compose un paysage de possibilités spatiales. Il soutient l’opportunité d’une projection architecturale par les potentiels et les usages.

Contenu

ÉCONOMIE DE LA NATURE

 

Intentions

Commençons par rappeler quelques chiffres. L’activité du secteur du bâtiment, en France, consomme 45% de l’énergie nationale, et est productrice de 25% des émissions de gaz à effet de serre. Force est de constater que les architectes, dans leur immense majorité, ne semblent pas se sentir responsables de cette situation, et encore moins qualifiés pour tenter d’y opposer une quelconque résistance. À l’évidence, la responsabilité des architectes n’est pas différente de celle de n’importe quel autre acteur du modèle économique contemporain : on ne voit pas par quel miracle l’architecture seule échapperait à la globalisation d’un système de marchandisation généralisée. Leur sentiment d’impuissance face à ces enjeux, cependant, interroge : comment expliquer l’apathie d’une profession face à ce qui constitue le cœur-même de son exercice, à savoir la transformation des conditions de l’existant ?

 

À cette question, nous tenterons d’apporter une réponse sommaire ; les dernières décennies du XXe siècle ont vu s’opérer, au sein de la pratique architecturale, une spectaculaire confusion entre ses fins et ses moyens. Construire des bâtiments constituait, jusqu’ici, un simple moyen à la disposition des architectes ; il en est souvent devenu l’unique fin. Or, le seul fait de bâtir, s’il garantit généralement un profit à court terme, ne saurait constituer un but en soi. Le pouvoir des architectes, en effet, ne réside pas dans leur capacité à édifier, mais à déterminer ce pour quoi ils édifient. À construire pour construire, on occulte ainsi l’objectif fondamental de toute production architecturale, à savoir le développement des conditions d’une vie meilleure et surtout durable. Leon Battista Alberti, il y a plus de 500 ans, n’écrivait pas autre chose :

« Quant à moi, j'accorderai le statut d'architecte à celui qui saura, par une méthode précise et des voies admirables, aussi bien concevoir mentalement que réaliser tout ce qui, par le déplacement des masses, par la liaison et par l'assemblage des corps, se prêtera le mieux aux plus nobles usages des hommes. »

 

Parler d’« architecture écologique » relèverait ainsi du pléonasme. Il n’est pas d’architecture en dehors du maintien des conditions du vivant. Et il est permis de douter qu’au stade actuel, le développement de potagers en toiture, la multiplication de panneaux solaires ou le réemploi de matériaux de construction constituent une réponse à la hauteur de cette finalité minimale, et pourtant essentielle. Le rôle des architectes ne peut se limiter aujourd’hui à l’application scrupuleuse de normes que nous savons insuffisantes ; il s’agit de penser, d’expérimenter et d’édifier les conditions radicales d’une véritable économie de la nature. Ce dernier terme désignait jadis ce que l’on entend maintenant par « écologie », à une différence notable : ce que l’écologie actuelle considère comme deux horizons profondément antagonistes (la croissance ou la sauvegarde), l’économie de la nature les maintient au sein d’un système dialectique qui postule que l’un n’existe simplement pas sans l’autre.

C’est à l’exploration, par le projet, de ce singulier mode de production que s’attachera notre enseignement.

 

 

 

Sujet

Le travail proposé ce semestre reposera donc sur l’hypothèse suivante : pratiquer l’architecture revient à engager une réflexion technique, esthétique et politique sur les potentialités de cette économie de la nature. Technique, car elle implique de maîtriser les mécanismes d’une construction dans le réel ; esthétique, car elle suscite une expérience sensible qui détermine notre perception de l’espace et du temps ; politique, car elle engage les conditions d’organisation d’un vivre-ensemble.

 

Il appartiendra aux étudiant·e·s d’approfondir, d’associer, d’opposer ou de développer de nouvelles pistes de réflexions sur ce sujet pour faire émerger leurs projets. Cet enseignement considère la singularité propre à chaque proposition argumentée de la part des étudiant·e·s comme le fondement de la construction du projet architectural.

 

L’enseignement développé ce semestre proposera aux étudiant·e·s de manipuler les potentialités appliquées d’une pensée architecturale articulée aux enjeux écologiques, à travers la production d’un bâtiment au programme mixte, incluant logements, bureaux et petit équipement. Ce projet servira de support à une réflexion radicale sur les usages, les modes de vie, les conditions d’organisation et de mise en œuvre d’un modèle architectural alternatif à même de remplacer, à terme, un modèle contemporain inapproprié, pour ne pas dire délétère.

Le choix de projets aux surfaces réduites orientera la production architecturale vers une attention particulière aux détails et la réalisation d’éléments de rendu (maquettes, plans, coupes) à grande échelle (minimum 1/50e).

 

Cet exercice sera accompagné de la constitution, tout au long du semestre, d’un corpus commun de références graphiques et textuelles. Il s’agira ainsi d’associer une démarche personnelle de projet à la formulation d’une réflexion collective, et d’appréhender leurs influences mutuelles au sein d’un même processus créatif.

Bibliographie

ALBERTI, Leon Battista, L’art d’édifier.

Paris, Seuil, 2004. Texte traduit, présenté et annoté par CAYE, Pierre et CHOAY, Françoise.

 

BANHAM, Reyner, L’architecture de l’environnement bien tempéré.

Orléans, HYX, 2011.

 

BARTHES, Roland, Comment vivre ensemble. Cours et séminaires au Collège de France (1976-1977).

Paris, Seuil, coll. « Traces écrites », 2002.

 

DENEAULT, Alain, L’économie de la nature.

Montréal, LUX, 2019.

 

GORZ, André, Écologica.

Paris, Galilée, 2007.

 

ILLICH, Ivan, La convivialité.

Paris, Seuil, coll. Points Essais, 2014.

 

MALM, Andreas, L’anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital.

Paris, La fabrique, 2017.

 

 

Vidéos

 

CURTIS, Adam, All Watched Over by Machines of Loving Grace. Episode 2, 2011.

vimeo.com/groups/96331/videos/80799352

 

DENEAULT, Alain, L’économie de la nature, 2019.

www.youtube.com/watch

 

MAROT, Sébastien, Qu’est-ce qu’un monde ? 2017.

www.youtube.com/watch et t=2213s