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  • S7-P1 PROJET ARCHITECTURAL ET URBAIN

DE 4: «Marseille, Métamorphose de l'ordinaire» - Antoine Viger-Kohler, Olivier Raffaelli, et Géraldine Viellepeau

Semestre 7

Enseignant(s) : Geraldine Viellepeau, Antoine Viger-Kohler, Olivier Raffaelli

  • Année : 4
  • Semestre : 7
  • E.C.T.S : 14
  • Coefficient : 6,00
  • Compensable : non
  • Stage : non
  • Session de rattrapage : non
  • Mode : option
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

L’équipe pédagogique est constituée, en vue d’un effectif d’environ 15 étudiants, de :

- Olivier Raffaelli, architecte DPLG, enseignant

- Géraldine Viellepeau, architecte DPLG, enseignante

- Antoine Viger-Kohler (responsable)

 

 

L’offre pédagogique de cet enseignement de projet pour le premier semestre du cycle de Master porte sur l’apprentissage du projet d'architecture à l’échelle du territoire.

 

Si l’on distingue en général l’architecture (l’édifice) et le contexte (l’étendue, l’environnement, la Terre), l’une faisant l’objet d’un projet et l’autre servant de toile de fond, cet enseignement propose plutôt de considérer ce contexte comme un sujet de conception en tant que tel.

 

L’architecture se présente alors comme l’art de concevoir et réaliser des projets à toutes les échelles et sur tous les objets de construction. Les édifices, bien sûr, mais aussi les sols, les voies, les réseaux, les infrastructures, les espaces publics, les territoires sont les sujets de l’architecture. Ainsi, les questions architecturales et disciplinaires sont rechargées par les problématiques complexes et changeantes issues des contextes.

 

La pédagogie dispensée au cours de ce semestre propose donc de simplifier les problématiques en les décomposant. Cela passe tout d’abord par l’apprentissage « des échelles » et de la façon d’opérer la reconnaissance de sujets et de problématiques architecturales spécifiques. Trois grands ensembles thématiques sont abordés par le projet : le sol, le temps et la ressource. Chacune à leur manière, ces notions interrogent les thématiques essentielles de l’architecture (site, programme, climat, matière, construction, intériorité et extériorité, usage, etc.).

 

La transformation du sol

 

La notion de sol est sans doute la plus absente de la pensée architecturale et de son enseignement.

Pourtant, la période moderne en a profondément modifié la structure si bien que le sol est aujourd’hui une interface centrale dans le fonctionnement de la « zone critique » (Bruno Latour) où se joue l’habitabilité de la Terre. L’aménagement des sols urbains a été en très grande partie dominé par une approche technique et fonctionnaliste qui suivait une logique infrastructurelle détachée des problématiques architecturales et paysagères.

 

L’enseignement du semestre s’attache à ce que les étudiant.e.s puissent retisser ensemble les deux logiques de l’infrastructure et de l’architecture afin de retrouver des outils pour penser et concevoir une architecture du sol urbain. Cette démarche conduit les étudiant.e.s à structurer leur réflexion sur les situations contemporaines les plus vives qui questionnent l’inconscient des infrastructures ; qu’elles soient rattrapées par l’urbanisation ou simplement frappées d’obsolescence.

 

Ce chemin conduit les étudiant.e.s à changer de paradigme pour repenser l’acte d’aménagement comme une transformation du sol utile aux êtres vivants, pour une écologie du sol devant altérer au minimum le fonctionnement de la zone critique planétaire. Il s’agit bien de considérer le sol, non plus uniquement comme une pellicule inerte mais comme un milieu vivant épais, tellurique et atmosphérique, animé de processus géologiques, pédologiques, hydrologiques, climatiques avec lesquels il s’agit d’œuvrer.

 

L’enseignement dispensé portera une attention nouvelle à l’espace public. D’abord parce que l’espace public apporte une part significative des réponses aux défis qui conditionnent le futur de nos villes : celles de la construction de la vie en commun et de la civilité, de la continuité et de la cohésion des territoires, de l’accueil et de la disponibilité pour des usages en constante mutation, de l’adaptation aux exigences climatiques et sanitaires, de la cohabitation entre usages humains et présence du vivant non-humain.

 

Mais aussi parce que l’espace public offre un terrain d’action propice au déploiement d’une pensée qui articule nécessairement permanence et impermanence. L’espace public est en prise avec de multiples enjeux culturels, sociétaux et techniques qui évoluent constamment. L’évolution des mobilités, le changement climatique, la place des femmes, l’informel, etc. conditionnent et réintérrogent en permanence l’usage et l’aménagement de ces espaces qui sont au centre de l’équilibre fragile de nos sociétés.

 

La prise en compte du temps

 

La notion de temps couvre toutes les dimensions de l’architecture. Il s’agira donc, avec les étudiant.e.s, de mettre en exergue la prise en compte du temps dans le projet pour développer une pensée de l’incertitude et de l’impermanence.

 

Travailler avec l’échelle de la ville ou du territoire suppose de mettre au point avec les étudiant.e.s des modes d’anticipation et d’inventer des modes de représentations où le futur n’est pas considéré comme un horizon immobile. Pour la conception de projets qui mobilisent le temps long, les étudiant.e.s seront amené.e.s à explorer des voies qui ne se focalisent pas sur l’état spatial « à terme » d’un territoire mais plutôt sur le chemin qui permet d’y conduire. Cela les oblige à inscrire leur action en commençant par la connaissance de l’état présent et sa généalogie (historique et géologique) mais aussi à explorer les modes de récit de l’urbanisme ; construire le futur étant intrinsèquement lié à la manière de le raconter.

 

La mobilisation de la ressource

 

A priori, la notion de ressource renvoie à l’échelle territoriale. Elle peut concerner la gestion de l’énergie, la qualité des sols, la circulation des déchets, la localisation des circuits alimentaires, les filières économiques et productives locales, etc. Elle permet de faire prendre conscience à l’étudiant·e de la nécessaire mise en place de nouvelles coalitions entre les forces organisatrices du territoire pour engager une transition vers des modèles de développement humain en lien avec la condition terrestre.

 

Mais cette thématique recharge également l’enseignement à l’échelle de l’édifice, par une approche qui prolonge et complète le socle culturel d’acquisitions fondamentales liées au type et à la forme en architecture.

 

La construction et plus globalement l’utilisation de la matière représente un levier d’action significatif pour agir sur la limitation des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Et, il est pour le moins inquiétant de constater, dans le monde professionnel, la manière dont ce sujet fait l’objet d’une approche réductrice, essentiellement technique ou technologique, déconnectée des enjeux spécifiquement architecturaux. Les étudiant·e·s seront amenés à déployer une approche climatique ambitieuse pour qu’elle soit au cœur du processus de conception du projet architectural. Cette approche implique de mobiliser les ressources culturelles dont nous disposons pour continuer à développer des formes et des types architecturaux économes en énergie et capables de connaître plusieurs vies. Penser l’économie de la Terre nous renvoie également à la nécessité de porter un intérêt renouvelé aux modes constructifs et à la matière que nous utilisons et transformons. Il est plus que jamais nécessaire que la pensée constructive ne soit pas détachée de l’enseignement du projet architectural.

Contenu

L’enseignement aura comme objet d’étude la ville de Marseille et principalement sur les quartiers littoraux au Nord de la ville dont l’appellation « quartiers arrière-port » utilisée par les habitants, symbolise le statut déprécié de ces lieux, renforcé par la fracture des infrastructures. « L’ensemble engendre une dissociation entre la ville et le port, aggravée par l’importance des disparitions d’emplois et de la crise démographique.»

 

Et si l’«on a coutume d’opposer ce type d’environnement – considéré comme étant dénué de valeur, et chaotique – à l’espace urbain traditionnel du centre – regardé, au contraire, comme porteur de valeurs d’ordre, de hiérarchie et, symboliquement, de représentation de la communauté. (...) C’est, l’image d’une ville dans laquelle les éléments d’échelle métropolitaine, tels que les viaducs autoroutiers ou les installations portuaires, cohabitent avec évidence et légèreté avec les éléments d’échelle locale et quotidienne. Dans cet environnement hétérogène, les buvettes s’abritent à l’ombre des piles d’autoroutes, une végétation à demi sauvage s’immisce entre les constructions, les bateaux blancs, plus grands que les bâtiments des quais, font la navette entre les deux rives de la Méditerranée, au-delà de la Digue du Large.»

 

Ainsi, le projet sera ici, l’occasion de penser la pluralité des situations, d’engager des démarches de projet singulières, de favoriser des interprétations programmatiques comme autant d’opportunités d’envisager le projet comme Révélateur ou Ré-Activateur d’une identité existante puissante.

 

La démarche engagée par l’étudiant·e portera sur

 

- L’expérience de l’existant comme préalable à tout acte de transformation avec l’identification de ses multiples formes de ressources (matérielles et immatérielles). L’apprentissage des modes de représentations liés à la conceptualisation et la formalisation du projet urbain et ce, à différentes échelles.

 

- la recherche d’une programmation à partir des ressources présentes et autour d’un plus juste équilibre entre activités (créative, récréative et productive) et habitats dans une nouvelle organisation spatiale conciliant attractivité économique et qualité du cadre de vie. Il s’agira de penser les savoir-faire, l’artisanat, la recherche, les circuits courts, l’économie du recyclage et les nouvelles formes de production brouillant de fait les frontières entre habitat, art, artisanat et micro-industrie.

 

- La constitution de l’espace public comme réponse première aux défis qui conditionnent le futur de la métropole (construction de la vie en commun et de la civilité, continuité et cohésion des territoires, accueil et disponibilité pour des usages en constante mutation, préservation de la biodiversité et adaptation au changement climatique).

 

- La transformation des infrastructures de la métropole produite par la modernité car ces grands « équipements » forment en quelque sorte l’épaisseur du socle métropolitain et leur métamorphose ouvre la perspective de nouveaux modèles de développement humain.

 

- La prise en compte du temps avec la définition simultanée d’un projet et d’une démarche capables d’intégrer les incertitudes, et, in fine, d’atteindre les objectifs qui ont été fixés au départ.

 

 

Des rendus d’étape seront organisés en lien avec les ateliers de projet dirigés par Etienne Lenack et Jean-Marc Bichat (DE Territoires).

 

L’enseignement est articulé avec les séminaires :

- « Habiter » ; Logement, qualité, bien être dirigé par Yankel Fijalkow avec Marie Hélène Badia et Geraldine Viellepeau.

- Dispositifs urbains : Maîtrise d’ouvrage – Maîtrise d’œuvre urbaine dirigé par Dimitri Toubanos avec Giovanna Marinoni, Annie Tardivon et Antoine Viger-Kohler.

 

 

 

Déroulé

 

Le semestre est structuré en 3 grandes étapes faisant chacune l’objet d’une restitution lors d’un jury commun.

 

 

Première étape (4 semaines) : Compréhension et stratégies


 

Cette étape s’appuie sur l’analyse et la compréhension de l’existant. Elle vise à faire émerger les spécificités et les caractéristiques fondamentales du territoire d’étude.


 

- Arpentage du territoire ;

- Mission photographique

- Analyse et compréhension ;

- Identification et formalisation des enjeux.

 

Représentations privilégiées : cartographie, photographie, généalogie, corpus de références.



 

Jury intermédiaire 1



 

Deuxième étape (8 semaines) : Formalisation 


 

- Définition des invariants, élaboration du programme ;


- Mise en œuvre de la stratégie ;


- Déclinaisons morphologiques et typologiques.


 

Représentations privilégiées : cartographie, axonométrie, plan guide, plan et coupe, maquette.



 

Jury intermédiaire 2

 

Troisième étape (4 semaines) : Finalisation et rendu.


 

- Approfondissements ;

- Représentations.

Travaux

Les étudiants sont amenés à privilégier différents modes de représentation et de restitution :

-Story board, expression graphique architecturales aux échelles appropriées. Visuels 3D, Maquette physique, rédaction de textes explicatifs du projet. Élaboration d'une plaquette finale collective en vue d'une publication.

Une attention particulière sera portée sur la présentation orale.

Bibliographie

Ouvrages

CANAL Architecture, Construire réversible, Cité de l’architecture et du patrimoine

COLLEGIUM INTERNATIONAL, Le Monde n’a plus de temps à perdre, 2012

GRAU Architectes, Rez-de-ville, rez-de-vie, Pavillon de l’Arsenal, 2013

GARGIANI Roberto, L’Architrave, le plancher, la plateforme – nouvelle histoire de la construction, ed. Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, Lausanne, 2012

HESCHONG Lisa, Architecture et volupté thermique

LATOUR Bruno, Où atterrir? Comment s’orienter en politique, La découverte, 2017

MASBOUNGI Ariella, Le plaisir de l’urbanisme, Editions Parenthèses, 2016

PAQUOT Thierry, Dicorue : Vocabulaire Ordinaire et Extraordinaire des Lieux Urbains, CNRS,

2017

PUJOL Philippe, La chute du monstre, Editions Seuils, 2019

PINSON Gilles, Gouverner la ville par projet, Gourvernance et urbanisme des villes européennes, 2009

DECKMYN Chantal, Pour un espace public hospitalier - Manuel pratique à l’usage des villes, Rapport pour la Fondation Abbé Pierre, 2017

BERTONCELLO Brigitte, HAGEL Zoé, Marseille : une relecture de l’interface ville-port au prisme de l’habiter, 2016

 

Articles

LAPIERRE Eric, Emmanuel Pinard à Marseille, janvier 2003

 

Sur la fiction programmatique :

Mission Prospective du Commissariat Général au développement Durable (CGDD), Penser autrement les modes de vie en 2030 - Cahier des nouvelles problématiques de société, dec. 2014 - Tome 1 ; Penser autrement les modes de vie en 2030 - Cahier des signaux faibles, dec 2014 - Tome 2 ; Penser autrement les modes de vie en 2030 - Cahier de l’observatoire prospectif des modes de vie, dec 2014 - Tome 3