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  • S8-S2 PREPARATION A LA RECHERCHE

DE 4_DE 5 : Culture globale et cultures locales en architecture et urbanisme

Semestre 8

Responsable(s) : Léonard Legendre, Nabil Beyhum

Enseignant(s) : Caroline Rozenholc

  • Année : 4
  • Semestre : 8
  • E.C.T.S : 7
  • Coefficient : 8,00
  • Compensable : oui
  • Stage : non
  • Session de rattrapage : oui
  • Mode : option
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

L’objectif premier de ce séminaire est de former l’étudiant à adopter une attitude critique des pratiques de l’architecture et de l’urbanisme au niveau international, à prendre de la distance par rapport aux rythmes des commandes et des rendus pour explorer des temps longs et les évolutions des pratiques architecturales et sociales, à affiner sa perception des emboîtements et sauts d’échelles qui caractérisent la mondialisation « par le haut » et « par le bas », mais aussi (lorsque c’est nécessaire) à décentrer son regard.

 

Le séminaire a pour second objectif d’aider l’étudiant à formuler et à présenter publiquement une problématique de recherche et à le préparer à rédiger un mémoire de Master en architecture.

 

Le séminaire est articulé aux travaux et problématiques de recherche des deux laboratoires de l’école (EVCAU et CRH) ; les étudiants pouvant participer à toutes les journées d’étude publiques. Le séminaire peut par ailleurs conduire au PFE recherche. Il favorise l’évolution vers la thèse en architecture.

Contenu

Les phénomènes majeurs de l’économie moderne regroupés sous le vocable de mondialisation ne concernent pas uniquement la production industrielle ou artistique, les flux financiers, la circulation de marchandises ou les migrations de main d’œuvre. Ils touchent aussi les domaines de l’architecture et de l’urbanisme ; ne serait-ce que par la circulation des architectes et des urbanistes par l’entremise de concours internationaux ou de commandes directes sur de grands projets. Une problématique centrale est donc à explorer : celle de l’articulation d’une culture globale architecturale et urbaine avec des cultures locales ayant leurs propres conceptions, pratiques et représentations de l’espace. Si la culture globale est sans aucun doute portée par des mouvements médiatiques, politiques et économiques puissants, les cultures locales en remettent souvent en question les modèles. Que ce soit par le biais de la vie quotidienne, des systèmes de valeurs, des capacités de résistance ou de subversion des carcans prévus par les architectes et les planificateurs. C'est cette interaction entre local et global que nous évoquerons, d’autant plus intéressante qu’entre modèles « globaux » et « secondaires », entre esthétisme et fonctionnalisme, symbolisme et usages, se dessinent des complémentarités, des ignorances ou des oppositions. Une chose est sûre : nos certitudes sont secouées, y compris et surtout dans la prééminence des modèles occidentaux dans l'architecture mondiale, mais aussi des processus, des stratégies et des concepts mis en place pour que le projet débouche sur une réalité reproductible dans l’espace et le temps. Or, face à cet espace, voire à ce marché, mondial, dans lequel des interventions architecturales et urbaines se créent selon des règles qui continuent de s’écrire, rien dans notre cursus ne prépare les étudiants à la compréhension des mécanismes de ce marché.

 

La question posée dans ce séminaire est donc celle de l’apparition de nouveaux schémas, de nouvelles stratégies, de nouveaux modèles de gestion de l’espace urbain. Si la version centralisée où l’on se demande si le plan d’aménagement a été réalisé, comment et à quel coût, semble révolue, d’autres façons de concevoir la ville semblent ne relever que de nos imaginaires comme praticiens, enseignants ou chercheurs. La ville générique qui suppose un mimétisme dans la reproduction est battue en brèche par la concurrence des villes au sein d’un même modèle. Ainsi en est-il d’Abou Dhabi qui, pour faire pièce à Dubaï, propose cinq musées d’importance, importés dans son tissu. C’est aussi le cas de Medellin en Colombie ou, plus près de nous, de Bilbao où un simple ( !) musée devient un marqueur de différenciation et sert de levier économique à l’ensemble de la ville et au-delà. Le modèle concurrentiel n’est pas cependant le seul qui questionne la ville globale. Ainsi, Hong Kong met en pièce les pseudo-conceptualisations sur la densité des immeubles de grande hauteur (IGH) en installant entre ses tours d’innombrables espaces verts qui qualifient la ville différemment. Voilà un autre modèle, plus hédoniste, coloré et vivant de la ville, qui re-questionne la circulation des flux de personnes, de marchandises ou d’informations. Singapour bat largement Paris dans les mesures anti-voitures (7000 euros le certificat pour rouler en ville) et offre une version extrême de cette ville écologique. Séoul, enfin, Londres, ou encore Sao Paulo dématérialisent les connexions et insistent sur l’hyper-connexion. En Chine et en Inde, plusieurs villes s’en inspirent et cherchent à construire une utopie de la proximité et de l’instantanéité aseptisée et pourtant toujours visitée par la criminalité et les épidémies comme le montrent les séries télévisées ou les films de science-fiction relevant du même imaginaire.

 

Il n’empêche que la matérialité des faits se rappelle bien souvent à nous : îlots d’habitats insalubres qui mitent les « archipels » de la globalisation, services urbains défaillant (inadéquation des échelles de services planifiés dans les années 1950, aujourd’hui sous-dimensionnés ou inadaptés), questions de santé urbaine ou de transports, ou sous-emploi dans l’urbain. Tous posent la question du développement durable, non comme invention de la postmodernité, mais comme continuation indépassable de problématiques urbaines classiques. La ville est résiliente et ses problèmes aussi. Le séminaire permettra la constitution d’un corpus sur le patrimoine architectural et les usages de l’architecture, mais aussi sur les phénomènes d’iconisation et de concurrences entre villes dite globales.

 

Comment dès lors classer, informer, rendre intelligibles et utilisables ces différents modèles de la ville d’aujourd’hui ? Comment saisir les nouvelles façons de gérer, de dire et d’aménager les villes ? Quelles leçons tirer de l’habitat informel ou spontané (dans le monde, près d’une personne sur 7 vit de façon précaire dans un habitat informel) ? Comment enseigner à nos étudiants que les outils, les processus, les objets d’étude, les théories et les débats sont des ensembles soumis à des combinatoires qui peuvent être surprenantes mais toujours pertinentes ? Pour répondre à ces questions, ce séminaire dessinera plusieurs pistes de réflexion données à titre indicatif :

 

- Définition des mondialisations : aires culturelles et émergence économique, espaces régionaux d’intégration économique et politique, échelles, mondialisations successives, critères et classements des villes globales, technologies numériques, immédiateté et permanence.

- Concepts et processus de la planification urbaine et de l'architecture mondialisée : cultures et perspective ; bâtiments-emblèmes (formes architecturales médiatisées et course à la verticalité) ; marché mondial versus marchés locaux de l’architecture et de l'urbanisme, systèmes de conception ; rapports entre pays dits émergents et pays dits développés en l’architecture et en urbanisme ; question du classement au patrimoine de l’humanité de l’UNESCO ; exploration critique de grandes opérations internationales contemporaines, réflexion sur les concours internationaux, mécanismes de starification et prix internationaux.

Travaux

Chaque séance sera organisée avec un exposé de l’équipe enseignante, un exposé des étudiants et un exposé d’un invité externe.

La présence à toutes les séances est obligatoire.

Bibliographie

Balibar E. et Wallerstein I., Race, Nation, Classe, les identités ambiguës, La Découverte, 1988.

Boniface P. et Védrine H., Atlas du monde global, Armand Colin-Fayard, 2ème édition, 2010.

Chaline C., Les villes du monde arabe, Colin U, 1996.

Collectif, L'Atlas des civilisations, Le Monde, Hors-série, 2015.

Collectif, Villes Mondiales, les nouveaux lieux de pouvoir, Les Grands dossiers des Sciences Humaines, n°17, 2009.

Davis M., City of Quartz, Los Angeles, capitale du futur, La Découverte, 2006.

Davis M., Le pire des mondes possibles, de l’explosion urbaine au bidonville global, La Découverte, 2009.

Duby G., Atlas historique mondial, Larousse, 2006.

Durand M. F. et al., Atlas de la mondialisation, comprendre l'espace mondial contemporain, Les Presses de Sciences Po, 2010.

Fathy H., Construire avec le peuple, histoire d’un village d’Egypte, Gourné, Sindbad, 1996-

Friedmann J., The World City Hypothesis. Development and Change, SAGE, 1986.

Hobsbawm E., Les enjeux du 21ème siècle, Entretien avec Antonio Polito, Complexe, 2000.

Keil N. et Brenner R., The Global Cities Reader, Routledge Urban Series, 2005.

Koolhaas R., New York délire, Parenthèses, 2001.

Koolhaas R, Junkspace. Repenser radicalement l’espace urbain, Payot, 2011

Lacoste Y., Géopolitique, La longue histoire d’aujourd’hui, Masson, 2006.

Mangin D., La ville franchisée : formes et structures de la ville contemporaine, Editions de la Villette, 2004.

Mehta S., Maximum City, Bombay Lost and Found, 2005

Pelletier J. et Delfante Ch., Villes et urbanisme dans le monde, Armand Colin, 2000.

Sassen S., The Global City, New York, London, Tokyo, Princeton Paperbacks, 2001.