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  • S4- 20 CULTURE ARCHITECTURALE ET URBAINE

Cours 1 : Genèse de l'espace urbain, 1650-1900

Semestre 4

Responsable(s) : Gilles-Antoine Langlois

  • Année : 2
  • Semestre : 4
  • E.C.T.S : 1
  • Coefficient : 1,00
  • Compensable : oui
  • Stage : non
  • Session de rattrapage : oui
  • Mode : obligatoire
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

Cours : Genèse de l'espace urbain - formation-transformation 1650 - 1900

 

Enseignant : Gilles-Antoine Langlois, urbaniste, historien, professeur HDR

 

 

L’interrogation sur l'espace urbain moderne s'attache fréquemment aux formes des villes neuves et de leur devenir. En effet la ville créée ex nihilo est plus aisément réductible à des projets identifiables que la ville sédimentaire ou « héritée » prise sous une forme actuelle. Cependant une ville neuve n’est pas une ville nouvelle : elle ne forme pas de modèle urbain, elle ne prend pas date, elle ne désigne pas la ville sédimentaire comme la ville d’un autre âge.

 

C'est dans une approche rétro-chronologique que l'analyse morphologique peut être tentée, en lien avec l’analyse des discours sur la ville et avec celle de ses usages sociétaux et techniques, afin d’exercer le regard des étudiants sur la ville et sur le projet urbain. Il s’agit enfin d’identifier, s'il en est, les grilles et les codes de l’espace urbanisé et de favoriser la production d’une analyse sur un corpus donné.

 

À partir d’exemples choisis, la formation et les avatars de ces entités urbaines –qu’il s’agisse d’objets anciens ou neufs, recréés ou greffés, seront donc observés et questionnés dans leurs dimensions architecturale, paysagère, fonctionnelle et sociétale.

Contenu

L'analyse porte sur la formation des espaces urbains, les acteurs et les théories, les mouvements de la société et la transformation urbaine qui en résulte. Le champ géographique est essentiellement constitué par la France et ses colonies.

 

Le terme d’embellissement recouvre au XVIIIe siècle une double notion d’ornement (esthétique architecturale) et d’aménagement (utilité publique) des aires urbaines déjà constituées. Cette métamorphose rationaliste s’applique principalement aux grandes villes et la question du droit, la question du logement, celle d’un financement réaliste des opérations, ne sont guère prises en compte dans le débat sur l’art urbain, ce qui en diminue singulièrement la portée.

 

La pensée urbaine de l’Ancien Régime se caractérise ainsi par la confusion entre esthétique architecturale, affirmation monumentale du pouvoir et volonté d’ordonner l’espace en tenant compte des données démographiques et des progrès de la science et des techniques. Cette dernière s'exprime par des objectifs de représentation : quadrillage et orientation des plans, d'un idéal de salubrité, et de dispositifs propres à une construction plus solide et mieux aérée.

 

La fondation des villes neuves des colonies s’effectue dans un environnement mal connu et pour une destination spécifique de comptoir commercial. Ici, le plan de la ville et sa construction elle-même font l’objet d’un programme, où de nouvelles préoccupations climatologiques et politiques peuvent s’exprimer avec une liberté en partie exonérée des contraintes de l'héritage.

 

Ainsi, ce n'est pas seulement l'échelle du projet qui change, mais sa nature : les créations urbaines projetées sont le produit d’une imagination, tandis que les villes sédimentaires témoignent d’une adaptation. Le rêve d’une adéquation au besoin économique et culturel, le projet d’un agencement social, ont dans la ville neuve précédé l’occupation physique des sites. Ces entités urbaines diverses procèdent aussi d’une réglementation commandée par des mouvements politiques et des mutations sociales.

 

Au XIXe siècle, le dessin des formes urbaines s'enrichit de l'apport de la statistique et d'une réglementation des sols plus précise, donnant lieu à des études topographiques et une cartographie des réseaux. C'est dans le contexte d'une accélération des transports qu'il faut situer l'œuvre édilitaire de Georges Haussmann, mais aussi les discours théoriques animés par les Saint-Simoniens, les utopistes, et des auteurs comme Ildefonse Cerda, Camillo Sitte ou Ebenezer Howard.

 

Transformations et novations se sont fréquemment traduites par des dessins générateurs de l’ordonnancement de l’espace, le plus souvent de forme régulière : il s’agit d’une imagination non pas vagabonde, mais réglée. Des mouvements comparables sont observables dans les villes sédimentaires, dans des temps de mutation et d’extension. Du point de vue politique, ces fictions et constructions urbaines constituent autant de projections d’un ordre social, économique et environnemental que l’on croit plus aisé à engendrer sous une forme géométrique. Il s’agit donc souvent de projets à caractère utopique, fortement imprégnés d’une autorité initiale.

 

Pour autant -les puissantes révoltes de Paris en 1789, 1830, 1848 et 1871 en témoignent-, cette maîtrise de l’espace échappe aussitôt à ses créateurs, qui ne se sont pas nécessairement pensés comme usagers du modèle produit. En constatant que cette maîtrise n’est pas exercée par ses occupants, faut-il évaluer leurs contestations et désobéissances comme gestes fondateurs ? Villes neuves ou nouvelles, ne le sont que le temps du projet et de la fondation. Dès le temps des premiers usagers elles sont, de la même façon que les villes héritées, l’enjeu de luttes territoriales, de projets stratégiques et/ou de gélification d’ordre patrimonial.

Travaux

Présence au cours obligatoire (6 séances de 2 heures)

Bibliographie

Bibliographie indicative

 

 

BOWIE, Karen (dir.), La modernité avant Haussmann, formes de l’espace urbain à Paris, 1801-1853, Paris : Editions Recherches, 2001.

 

CARS, Jean des, et PINON, Pierre (dir.), Paris-Haussmann, Paris : Picard, 1991.

 

CASTEX, Jean, DEPAULE, Jean-Charles, et PANERAI, Philippe, Formes urbaines, de l'îlot à la barre, Paris : Dunod, 1977.

 

CHOAY, Françoise, L’urbanisme, utopies et réalités, Paris : Editions du Seuil, 1965.

 

HAROUEL, Jean-Louis, L'embellissement des villes, l'urbanisme français au XVIIIe siècle, Paris : Picard, 1993.

 

LEPETIT, Bernard, Les villes dans la France moderne, 1740-1850, Paris : Albin Michel, 1988.

 

MALVERTI, Xavier, et PINON (dir.), Pierre, La ville régulière, modèles et tracés, Paris : Picard, 1997.

 

MUMFORD, Lewis, La cité à travers l'histoire, Paris : Editions du Seuil, 1964.

 

D'ORGEIX, Emile, et VIDAL, Laurent, Les villes françaises du Nouveau monde, des premiers fondateurs aux ingénieurs du roi, XVIe - XVIIIe siècles, Paris : Somogy éditions d'art, 1999.

 

PAQUOT, Thierry, et RONCAYOLO, Marcel (dir.), Villes et civilisation urbaine, XVIIIe-XXe siècles, Paris : Larousse, 1992.

 

PICON, Antoine, Architectes et ingénieurs au siècle des Lumières, Marseille : Parenthèses, 1988.

 

ROULEAU, Bernard, Paris, Histoire d’un espace, Paris : Editions du Seuil, 1997.

 

ROUX, Antoine de, Villes neuves, urbanisme classique, Paris, Desclée de Brouwer, 1997.

Informations supplémentaires

Aucun support ne sera donné pendant la période du cours ; après l'examen final, un support sera adressé aux étudiants pour servir de résumé.

Informations annexes

Intitulé du cours en anglais : Genesis of French and European Urbanism, from Civic Design to City Planning,1650-1900.