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  • S6-40 Expériences pour le projet

Cours optionnels (1 cours de 4h ou 2 cours de 2h ou 1 cours de 2h et parcours libre)

Semestre 6

07 - Hospitalités de l'architecture - Olivier Perrier (2h)

Responsable(s) : Olivier Perrier

  • Année : 3
  • Semestre : 6
  • Affilié à un groupe : non

Objectifs pédagogiques

- Sensibilisation aux architectures hospitalières et plus largement à la question de l’hospitalité

- Contre-expérimentation de patrimoine thérapeutique en situation d'immersion médiatisée

- Initiation à distance aux somatiques (histoire, théorie et pratiques)

- questionnent du régime d'historicité contemporain

- Recul critique et retour d'expérience

Contenu

L’enseignement optionnel « Architectures de l'hospitalité, une immersion », situé en fin de cycle Licence, est construit à partir d’une expérience fondatrice, conduite il y a trois ans :

 

A l’époque, les conditions nous permettaient d’entrer directement en contact avec un exemple d’architecture hospitalière, à travers une immersion de 3 jours en institution psychiatrique.

Le site choisi s'inscrivait dans la riche tradition de recherche d'alternatives tant thérapeutiques qu'architecturales dans le monde hospitalier. Cas unique en France, La Chesnaie est une clinique psychiatrique en milieu ouvert où la frontière entre patient-e-s et thérapeutes est brouillée et où l’atelier et le chantier d’architecture sont le lieu d’une expérience humaine et thérapeutique, où « faire architecture », c’est faire lieu et faire soi parce que faisant commun. En cela elle constitue un lieu idéal pour qui s'intéresse à la redéfinition de l'architecture d'accueil et de soin, et de ses objectifs.

 

Au printemps dernier, d’autres frontières s’affirment et se brouillent à la fois :

l’intérieur et l’extérieur semblent s’éloigner, le lointain s’infiltrer dans la proximité et mettre en crise nos repères habituels, notre rapport à l’habitat, à la ville, au grand paysage. Une expérience d’immersion subie et non choisie est alors vécue à l’échelle des populations. Repartant et nous fondant sur les enseignements reçus de La Chesnaie, nous avons alors croisé récits personnels et anciens d’hospitalité, lettres d’intérieurs hypertrophiés actuels et soifs de voix extérieures.

 

Cette année, les conditions pédagogiques restent bouleversées et les évènements continuent de nous échapper... Il s’agirait alors de redoubler d’effort et de ruse pour « feindre d’en être les organisateurs », voire, pour tenter un retour à l’envoyeur :

- transformer l’assignation à résidence et l’effacement subi des visages en autant de foyers de réflexion, de narration, de mise en commun :

Tels les folkloristes d’un monde encapsulé, nous rassemblerons nos micro-récits individuels en visibilisations/spatialisations collectives, nourris entre autres par l’écoute attentive de films visionnés ensemble et de lectures partagées.

Travaux

Production d’un artefact (support au choix : films, textes, photographies, dessins, …)

Bibliographie

Bibliographie, Optionnel S6 Architectures de l’hospitalité, 2020-21

 

Livres

Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique, Gallimard, Coll. Tel. 1972, 668 p.

Voici sans conteste la plus littéraire des oeuvres de Michel Foucault. L'auteur reconnaissait lui-même avoir travaillé le style de ce texte comme il ne l'avait jamais fait pour aucun autre. Remarquable pour ses qualités formelles, l'ouvrage l'est aussi pour l'originalité de sa méthode. En effet, Foucault n'entreprend de faire l'histoire de la folie que pour dessiner les contours d'une histoire de la rationalité. Il ne s'agit pas de désigner la folie du point de vue de la raison, mais de découvrir le champ de la rationalité du point de vue de ce qu'il ne comprend pas et exclut. Les plus belles pages, à cet égard, sont celles où Foucault redonne au fou la parole, de telle sorte que c'est à lui de désigner comme autre le discours de la raison et de révéler l'étrangeté du monde qui le refuse. Antonin Artaud, s'exprimant des bords de l'abîme où son oeuvre s'est échouée ou encore Hölderlin, nous en apprennent ainsi davantage sur les limites de la raison que sur les profondeurs du gouffre où ils menacent de se perdre.

Un ouvrage fleuve où l'on doit consentir à chavirer pour mieux se retrouver. --Paul Klein

 

Rosa Luxemburg, Lettres de prison, Berg international, 2012.

 

Di Vittorio Pierangelo, Lexique de biopolitique, Questions de société, 2009 , 432 p.

L’irruption du Dr House dans l’imaginaire médical n’est pas un hasard. L’arrogance de la médecine et la mise entre parenthèses du malade qu’illustre cette série télévisée reflètent une manière d’être au monde dominée par la pensée (néo-)libérale où le sujet tend à s’identifier avec des fonctions de type bio-économique. En réaction contre cette image à la fois messianique et mécaniste de la santé, Pierangelo Di Vittorio actualise la réflexion critique sur le biopouvoir, les tendances liberticides et totalitaires de (...)

 

Franco Basaglia, Psychiatrie et démocratie : Conférences brésiliennes – 6 décembre 2007

Franco Basaglia (1924-1980), psychiatre, a été l'une des figures majeures de la psychiatrie dite «alternative», non seulement en Italie, où sa mise en cause de la condition des malades mentaux fut ratifiée par la Loi 180 décidant la fermeture des hôpitaux psychiatriques, mais aussi dans le monde, où il suscita une interrogation sur les «traitements» généralement «infligés» aux «fous». Ce dernier ouvrage, paru avant sa mort, se présente à la fois comme un bilan qui permet de comprendre le sens général de sa démarche et un programme de transformation de la psychiatrie.

 

Mathieu Belhasen, La santé mentale, vers un bonheur sous contrôle, La Fabrique, 2014, 150p.

 

Jean Oury, Psychiatrie et psychothérapie institutionnelle. Traces et configurations précaires, champ social, 2003

Jean Oury, est-il besoin de le rappeler, est actuellement un des psychiatres qui connaît le mieux au monde la problématique de la psychose, à la fois sur les plans clinique, psychopathologique, et surtout thérapeutique. La création de la clinique de La Borde a été un des actes les plus significatifs de la psychothérapie institutionnelle, et le travail qui continue de s'y dérouler cinquante ans après sa fondation, sert de référence dans un nombre considérable de pays pour les équipes psychiatriques qui ont décidé de prendre en charge au long cours les patients psychotiques. L'intérêt de republier un tel corpus tient à sa structure de constellation : il rassemble en 24 textes à peu près tous les outils conceptuels que Oury a développés et développe encore aujourd'hui. Il part à l'aventure sur l'océan de la folie en abordant dans les principaux ports de la psychose et de l'institution, et, tel un découvreur de contrées nouvelles, il enrichit les espaces connus de nouvelles dimensions, de pistes novatrices, d'horizons inapprochés.

Jean Oury, Le Collectif: Le Séminaire de Sainte-Anne

Cet ouvrage, paru en 1986, essentiel dans les pratiques de soin en institution, n'était plus disponible depuis plusieurs années, nous en proposons une nouvelle édition. Il regroupe les « séminaires de Sainte-Anne » tenus par Jean Oury qui développe son approche des concepts tels que « espace et transfert », « le sens », « l’interprétation », « le collectif », « la décision »… tous traversés par l’expérience clinique au quotidien. Ils sont l’occasion de rencontres des professionnels des divers lieux d’exercice de la « chose » psychiatrique, psychanalytique et pédagogique. D’une façon générale, l’accent est mis sur « la psychopathologie institutionnelle de la vie quotidienne ». D’une étonnante actualité, les propos tentent une mise à plat des idéologies contemporaines en matière de soin (dont les traces se sont aujourd’hui accentuées du côté de l’économique) par un discours collectif, à partir de la pratique.

Notre but est qu’une organisation d’ensemble puisse tenir compte d’un vecteur de singularité: chaque usager doit être envisagé, dans sa personnalité, de la façon la plus singulière. D’où une sorte de paradoxe: mettre en place des systèmes collectifs, et en même temps préserver la dimension de singularité de chacun. C’était dans cette sorte de « bifurcation » que se posait cette notion de Collectif.

Jean Oury, Marie Depussé, A quelle heure passe le train... Conversations sur la folie, Calmann-Lévy , 2003, 318p.

D'où ce très singulier dialogue, où la théorie se prolonge en des scènes poétiques, souvent drôles. Marie Depussé écrit, parfois dans ses mots à lui, ou dans sa langue à elle, sa pensée à lui. Il y a dans ce duo beckettien une tendresse distante, son insolence à elle, son rire à lui.

' Ils sont assis sur les marches en pierre un peu sales du château, par toutes les saisons. Ils attendent. Tu dis que les psychotiques sont comme des colis en souffrance, oubliés dans une gare de campagne. Quand ton maître en psychiatrie, le catalan François Tosquelles, est venu à la clinique de La Borde, il a regardé les marches et il a posé une seule question : ' à quelle heure passe le train ? '

Tu es psychiatre, un grand psychiatre comme on dit dans les romans... Pas moi. Si nous sommes là, à parler, et si nous partageons quelque chose, ce n'est pas un savoir, mais une obstination, un amour... Ce mot-là, il faut le dire dans la marge, sans accent, en douce. Nous aimons passer nos jours avec les fous. ' M.D.

 

Marie Depussé, Dieu gît dans les détails. La Borde, un asile, POL, 2014, 144p.

Dieu gît dans les détails est la chronique de jours ordinaires passés à la clinique psychiatrique de La Borde, fondée en 1953 par Jean Oury, avec la collaboration de Félix Guattari et de quelques autres. L'auteur de ce livre est l'un des nombreux compagnons de route de cette aventure qui a suscité tant de commentaires, d'attaques et d'éloges. Venue la première fois pour accompagner un ami médecin, elle s'est attachée à ce drôle d'endroit peuplé de drôles de gens, elle s'y est sentie bien, et elle y est restée, partageant son temps avec les fous (qui revendiquent cette appellation plutôt que celle de 'malades') et les soignants, entre la littérature, les cuisines et le ménage car à La Borde, s'occuper des fous, c'est vivre avec eux, accomplir avec eux tous les gestes de la vie, des plus quotidiens aux plus sublimes. C'est son expérience qu'elle raconte ici, sa vie auprès de ceux qui tiennent à ce lieu particulier, libre (autour du parc, il n'y a pas de murs), où les comportements étranges, choquants, sont acceptés comme étant l'expression même, le simple symptôme de la maladie, et parce qu'il ne sert à rien de les nier. Ce livre à l'humour tendre, lucide, ce livre précis mais si peu clinique, documenté et rêveur, nous apprend sans doute à considérer autrement la folie mais plus encore tout ce qui est hors de nos pas.

 

Benedetti, Gaetano, La folie en partage, de l'engagement thérapeutique dans la clinique des psychoses, La maison jaune, 2011. Fernand Deligny, Cartes et lignes d'erre : Traces du réseau de, 1969-1979, Arachneen, 2013, 414p.

En 1968, Fernand Deligny fonde un réseau de prise en charge d'enfants autistes dans les Cévennes, à Monoblet. Quelques années plus tard (1975-1976), il consacre trois numéros de la revue Recherches, fondée par Félix Guattari, à cette expérience qu'il mène en marge des institutions éducatives et psychiatriques. Deligny n'est pas psychiatre. Il parle d'ailleurs plus volontiers d'enfants mutiques qu'autistes. À une époque où la prise en charge de l'autisme infantile est encore mal assurée, il propose un milieu de vie organisé en aires de séjour dans lesquelles les enfants vivent le coutumier auprès d'adultes non diplômés (ouvriers, paysans, étudiants). À ces éducateurs qui n'en sont pas - il les appelle les présences proches, il propose de transcrire les déplacements et les gestes des enfants. Dans chacune des aires de séjour - situées à une quinzaine de kilomètres les unes des autres - et durant dix ans, au jour le jour (le soir ou le lendemain, parfois plusieurs jours après), les adultes tracent des cartes sur lesquelles ils reportent leurs propres trajets puis, sur des calques, les lignes d'erre des enfants. « Pour rien, pour voir, pour n'avoir pas à en parler, des enfants - là, pour éluder nom et prénom, déjouer les artifices du IL dès que l'autre est parlé. » Ces cartes ne servent ni à comprendre ni à interpréter des stéréotypies ; mais à « voir » ce qu'on ne voit pas à l' il nu, les coïncidences ou chevêtres (lignes d'erre qui se recoupent en un point précis, signalant qu'un repère ou du commun se sont instaurés), les améliorations à apporter à l'aménagement de l'espace, le rôle des objets d'usage dans les initiatives des enfants, leur degré de participation à telle tâche coutumière au fil des jours, l'effet sur eux du geste pour rien d'un adulte (un signe, un repère supplémentaire),

Fernand Deligny, Graines de crapules suivi de Les vagabonds efficaces, Dunod, (1970) 2004.

Pierre Delion, Qu’est-ce que la psychothérapie institutionelle, , ed. d’une, 2018

« La moindre des choses est l'espoir que quelque chose puisse servir d'appui au sujet, confirmant la fonction phorique dont est responsable toute institution digne de ce nom. Et dans une telle perspective, la chose peut devenir 'animée“ et donner une vision animiste du monde : même si les Occidentaux se défendent d'être animistes, leur vision du monde est en permanence prise dans ce mouvement transférentiel avec les choses du monde environnant ».

 

François Tosquelles, L'enseignement de la folie – Entretiens, Dunod, 2014

Pour François Tosquelles, les tentatives d'explication de la folie n'ont abouti qu'à réduire le phénomène. On passe à côté de sa signification faute d'admettre qu'il s'agit d'un processus propre à l'élaboration humaine de chacun. En ce sens la folie peut être dite le noyau de l'être humain.

L'ouvrage de François Tosquelles offre une pénétrante réflexion sur la pratique psychothérapique, la personne du thérapeute, le sens de la folie.

Une préface de Pierre Delion, psychiatre à Lille vient rappeler l'importance de la figure et de la pensée de ce livre qui fut à l'origine de la psychothérapie institutionnelle.

Erwin Gofmann, Asyles : Etude sur la condition sociale des malades mentaux et autres reclus, Editions de minuit, 1968.

Textes de Jean Louis Place, directeur de La Chesnaie : www.chesnaie.com/articles/index.html

Hartmut Rosa, Rendre le monde indisponible, éditions de la Découverte 2020 Cynthia Fleury, Le soin est un humanisme, Tracts Gallimard, 2019 David Lapoujade, Les existences moindres, Editions de Minuit, 2017

Vinciane Despret, Habiter en oiseau, Actes Sud, 2019

Jean Oury, Marie Depussé, A quelle heure passe le train, Calman-Levy, 2003

Fabienne Brugère, Guillaume Leblanc, La fin de l’hospitalité, 2019

Anne Dufourmantelle, L’éloge du risque, Rivages poche, 2014

Robert Castel, La gestion des risques de l'anti-psychiatrie à l'après-psychanalyse, Ed Minuit, [1981] 2011

 

Radios

10/04/2014 : www.franceculture.fr/emissions/sur-les-docks-14-15/la-borde-une-clinique-psychiatrique-toujours-hors-norme

25/09/2017 : www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/schizophrenie-une-maladie-qui-ne-va-pas-de-soi

2/03/18 : www.franceculture.fr/emissions/le-magazine-de-la-redaction/schizophrenie-vivre-avec